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Les migrations des footballeurs d'Outre-Mer

Les migrations des footballeurs d'Outre-Mer

Résumé :
De nombreux jeunes footballeurs d’Outre-Mer migrent chaque année vers la Métropole pour intégrer les centres de formation des clubs professionnels de football français. Ces migrations de sportifs sont le résultat de stratégies spatiales du recrutement développées par les dirigeants des clubs de l’Hexagone sur les « espaces-ressources » d’Outre-Mer. Ainsi, dans quelles mesures les migrations des joueurs originaires des espaces d’Outre-Mer constituent-ils un réseau du recrutement pour les clubs professionnels du football français?

Mots clés :
Migration, football, centre de formation, recrutement, stratégie spatiale, espace-ressource.

Introduction

« Depuis un certain nombre d’années, la France découvre que dans les rangs de ses sportifs de très haut niveau, les sportifs des Départements d’Outre-Mer sont nombreux et qu’elle doit à certains d’entre-eux, dans différentes disciplines, d’avoir vu se hisser les couleurs nationales au dessus des podiums des grandes rencontres internationales » (FINIFTER ; 1994, p. 139). Les épéistes Jérôme et Fabrice Jeannet, Laura Flessel-Colovic, Maureen Nisima, les sprinteuses Muriel Hurtis, Sylviane Félix, Christine Arron et Marie-José Pérec, Pascal Gentil en taekwondo, le boxeur Jean-Marc Mormeck ou bien encore le tennisman Gaël Monfils constituent des exemples révélateurs des capacités sportives des athlètes originaires des DOM. Toutefois rappelons que ces espaces d’Outre-Mer n’offrent pas de structures sportives d’entraînement répondant aux normes du haut niveau. De plus, il n’existe pas de championnat sportif professionnel. Par conséquent, aucune promotion professionnelle dans le sport n’est possible dans les « îles ». Dès lors, l’ensemble de ces sportifs doivent se rendre en Métropole afin d’y recevoir les entraînements nécessaires à leur épanouissement professionnel. « La présence de joueurs Antillais et de tout l’Outre-Mer dans l’équipe de France de football est le fruit d’une longue histoire. Une histoire qui a commencé en 1931, avec Raoul Diagne, le premier « noir », d’origine guyano-sénégalaise, à entrer en équipe de France. L’équipe de France est le reflet de l’histoire de l’immigration dans ce pays, celle des Italiens, […] des Antillais, des Guyanais et des Néo-Calédoniens  » (AIT-HABBOUCHE et BLANCHARD ; 2008). Les sportifs sont donc obligés de quitter leur famille et de se diriger vers la Métropole pour continuer à exercer leur passion. « La seule voie d’existence au monde que nous ayons du point de vue international, c’est la Métropole » (BOUTRIN ; 1997, p. 240). Les structures sportives des DOM ne peuvent en 2008 satisfaire qu’une pratique amateur. Les migrations à destination du territoire métropolitain deviennent dès lors incontournables pour réussir une carrière sportive professionnelle nationale et internationale. « Le sport symbolise pour un bon nombre d’entre eux, un moyen de s’élever dans la hiérarchie sociale d’où la confusion entre hiérarchie sportive et hiérarchie sociale qui se pérennise encore aujourd’hui chez bon nombre de jeunes sportifs. L’image de la réussite sportive, donc de la réussite sociale, est souvent liée à celle du départ vers la Métropole. Le mythe du départ et de la Métropole providentielle contribue à renforcer cet attachement à la "mère patrie" » (Ibid ; p. 240). « Si le sport en général, jouit de la faveur des sportifs d’Outre-Mer tant ici qu’au pays, le football, lui, particulièrement populaire, est pratiqué par un très fort pourcentage de la population » (FINIFTER ; 1994, p. 139). Ainsi, dans quelles mesures les migrations des joueurs originaires des espaces d’Outre-Mer constituent-ils un réseau du recrutement pour les clubs professionnels de football français ?

Le football : un « ascenseur social » pour les joueurs originaires des espaces d’Outre-Mer?

Le 9 novembre 2005 a eu lieu un match historique à la Martinique. L’équipe de France, en phase préparatoire de la Coupe du Monde de football 2006, a rencontré l’équipe du Costa Rica à Fort-de-France. Ce match amical marque une page de l’histoire du football antillais puisque l’équipe de France n’avait jamais joué une rencontre officielle aux Antilles depuis 1904. Evènement sportif important, surtout lorsque l’on sait que pour de nombreux sportifs évoluant dans les championnats amateurs d’Outre-Mer, le football apparaît comme une sorte d’« ascenseur social ». Ainsi, migrer en Métropole pour jouer au football devient un rêve que plusieurs jeunes cherchent à réaliser. L’image des clubs professionnels métropolitains contribue aussi à alimenter le rêve des jeunes originaires des Antilles. L’objectif pour les meilleurs d’entre eux, devenus professionnels, est d’intégrer ensuite la sélection nationale. Certains joueurs professionnels antillais sont devenus des idoles des enfants du Monde entier. Parmi ces footballeurs, les plus connus, nous pouvons citer à titre d’exemples : Marius Trésor, Jocelyn Angloma, Bernard Diomède, William Gallas, Thierry Henry, Lilian Thuram, Sylvain Wiltord, Xercès Louis, Gérard Janvion, Nicolas Anelka et Eric Abidal. Louis Boutrin confirme d’ailleurs que « le football est le sport le plus populaire en Martinique et en Guadeloupe » (BOUTRIN ; 1997, p. 140). Le championnat de France de football recense un nombre plus ou moins élevé de footballeurs originaires d’Outre-Mer.

La présence des footballeurs originaires des DOM-TOM dans le championnat professionnel  français

On remarque une forte présence de footballeurs originaires des DOM (81 %) dans les clubs professionnels de l’Hexagone entre 1993 et 2003 (cf. graphique n° 1). Durant ces dix années, on remarque que plus de la moitié (55 %) des joueurs des DOM-TOM sont originaires de Martinique (33 %) et de Guadeloupe (22 %). Les 45 % restant se composent respectivement de joueurs originaires de Guyane (13 %), La Réunion (13 %), Nouvelle-Calédonie (9 %), Polynésie Française (6 %) et Mayotte (4 %).

Graphique n° 1 : Joueurs des DOM-TOM présents dans le Championnat de France de football professionnel entre 1993 et 2003

Les migrations des footballeurs d'Outre-Mer
Source : D’après le recensement des joueurs professionnels ayant évolué dans le championnat français entre 1993 et 2003.
Eric Lemaire-Guide International du Football 1993-2003.


La présence de footballeurs originaires des DOM-TOM dans le championnat français n’est pas un phénomène nouveau. On recensait déjà dans les années 1960, des joueurs antillais dans les clubs professionnels de la Métropole. « On note la montée des joueurs des DOM comme Marius Trésor et Gérard Janvion entre autres. Il y a dix Antillais dans le championnat de France de football en 1966 » (WAHL; 1995). La présence des joueurs originaires des DOM dans les effectifs des clubs professionnels français n’est alors que le reflet des joueurs formés au sein des effectifs des centres de formation de l’Hexagone. Pouvons-nous observer à travers les méthodes du recrutement des centres de formation français dans les DOM, une stratégie qui viserait à détecter les jeunes joueurs d’Outre-Mer avant que ces derniers émigrent en Métropole et plus précisément en banlieue parisienne ?
Les recrutements des centres de formation français s’orientent donc depuis de nombreuses années sur les territoires d’Outre-Mer, espaces où évoluent de nombreux jeunes français. De par leur localisation géographique, les départements d’Outre-Mer n’intègrent pas les limites géographiques élaborées par les instances nationales du football français. La réglementation concerne uniquement les joueurs âgés de moins de 14 ans évoluant sur l’espace métropolitain. Dès lors les clubs sont libres de recruter autant de joueurs qu’ils le souhaitent dans ces départements malgré la distance qui sépare les centres de formation des clubs amateurs d’Outre-Mer.

Les joueurs d’Outre-Mer recrutés par les centres de formation de l’Hexagone

Précisons avant de poursuivre notre analyse que le recrutement des clubs à destination des DOM ne ressemble pas à un « pillage légalisé » de jeunes talents comme on peut l’observer parfois en Afrique. La nationalité française des joueurs des DOM facilite leur intégration au sein des structures sportives professionnelles de la Métropole et donc de l’Union Européenne. Sur une période d’analyse plus longue (2002 à 2007), on constate que 69 joueurs ont été recrutés dans les DOM-TOM. La Réunion est en tête du classement des joueurs recrutés avec 24 joueurs soit 35 % du total des joueurs recrutés dans les DOM-TOM. Arrive ensuite La Guadeloupe (18), La Guyane (11), La Martinique (10), La Nouvelle-Calédonie (2), Mayotte (2) et Tahiti (2) ce qui représente respectivement, 26, 16, 14 et 3 %. Enfin, seules La Réunion et La Guadeloupe présentent des flux continus de joueurs entre 2002 et 2007 (cf. tableau n° 1).

Tableau n° 1 : Les migrations des joueurs des DOM-TOM à destination des centres de formation entre 2002 et 2007

Les migrations des footballeurs d'Outre-Mer

Source : L.F.P -2002-2007


On recense en 2004, 14 joueurs recrutés par 9 centres de formation de la Métropole (cf. carte n° 1). Le plus gros contingent de joueurs provient de la Réunion avec 9 joueurs. On compte 2 et 3 joueurs recrutés respectivement à la Guadeloupe et à la Martinique.

Carte n° 1 : Recrutement des centres de formation de la Métropole dans les DOM en 2004-2005

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A ce titre, on observe que les flux de joueurs originaires des DOM-TOM a connu une augmentation importante à partir de 2006. On est passé de 8 joueurs recrutés en 2005 à 15 joueurs recrutés en 2007, soit presque plus du double. Il est à noter que la saison 2007-2008 se distingue des autres saisons analysées, avec des joueurs recrutés dans tous les espaces des DOM-TOM sauf Tahiti. Les centres de formation « cultivent » leurs réseaux  pour recruter dans les « espaces-ressources » d’Outre-Mer.

Les « espaces-ressources » footballistiques d’Outre-mer


Les ligues Réunion, Martinique, Guadeloupe et Guyane comptent respectivement         6 236, 5 090, 4 392 et 1 254 joueurs âgés de 10 à 15 ans en 1999 (cf. carte n° 2).

Carte n° 2 : Les espaces-ressources des DOM en 1999

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Si les ligues d’Outre-Mer constituent de « petites » ligues en nombre de licenciés, elles ne laissent néanmoins pas indifférents les dirigeants des cellules du recrutement des centres de formation des clubs professionnels. Le nombre de licenciés recensé à la Martinique a plus que doublé en vingt ans. Le nombre de jeunes joueurs âgés entre 10 et 15 ans représente ainsi environ 44 % du nombre du total de licenciés en 2005 dans l’île. La part des footballeurs de moins de 15 ans dans les départements d’Outre-Mer représente en 2005 environ 50 % du total des licenciés. En prenant en compte le taux de pratique du football chez les jeunes garçons de cet âge (INSEE 1999), on constate que la ligue Martinique arrive en tête (31,71 %) suivie de la ligue Guadeloupe (24,34%), la ligue Réunion (17,92%) et enfin la ligue Guyane (14,91%). Les clubs amateurs des DOM apparaissent donc comme des espaces du recrutement ultra-périphérique pour les centres de formation français.

Un recrutement « ultra-périphérique » pour les centres de formation français

Les joueurs recrutés entre 2002 et 2007 en Outre-Mer intègrent ensuite les centres de formation. 24 centres métropolitains sur 32 (soit 75%) accueillent et forment les meilleurs jeunes (cf. tableau n° 2 et carte n° 2).

Tableau n°2 : Les joueurs d’Outre-Mer recrutés par les centres de formation entre 2002 et 2007

Les migrations des footballeurs d'Outre-Mer

Source : L.N.F 2002-2007



Carte n° 2 : Les joueurs d’Outre-Mer présents dans les effectifs des centres de formation entre 2002 et 2007

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17 centres se trouvent au Nord de cet axe et 7 centres au Sud de cette ligne. Le Havre et Nantes arrivent en tête des structures d’accueil avec respectivement 6 et 5 joueurs recrutés entre 2002 et 2007. Rappelons que cette forte présence de joueurs originaires de La Réunion dans les centres de Nantes et Le Havre est le résultat d’une stratégie partenariale avec les clubs amateurs réunionnais de l’Association sportive de l’A.S Excelsior et de Saint-Pierre de La Réunion. Malgré la distance géographique qui les sépare, la politique partenariale permet aux centres de formation de maintenir des liens très étroits avec les clubs amateurs des DOM afin d’être informé de manière régulière sur la progression des meilleurs jeunes footballeurs . Arrive ensuite Auxerre, Caen, Gueugnon, Lens, Le Mans, Montpellier et Sochaux qui accueillent 4 joueurs, puis suivent Bordeaux, Châteauroux, Lorient, Monaco, Nancy, P.S.G et Saint-Etienne avec 3 joueurs, puis Lyon et Grenoble avec 2 joueurs et enfin, Bastia, Lille, Metz, Nice, Rennes et Strasbourg avec 1 joueur présent dans leur centre. On rappelle que les dirigeants des centres de Caen, Le Havre, Lille, Montpellier, Nancy, P.S.G et Saint-Etienne qui recensent des jeunes joueurs au sein de leur structure développent des stratégies spatiales du recrutement (politique partenariale et prospection spatiale) dans les départements de l’Outre-Mer depuis une dizaine d’années. On observe aussi que le centre caennais fait fonctionner son réseau vers la Guadeloupe avec 4 sportifs recrutés au sein de son club partenaire, le Red Star Guadeloupe. Les stratégies spatiales mises en place par les dirigeants des centres de formation fonctionnent « à plein régime » avec les clubs amateurs d’Outre-Mer. Le Havre, Nantes, Montpellier, Lens,…s’inscrivent dans ce processus du recrutement orienté vers les espaces d’Outre Mer.
Toutefois, il faut relativiser la présence des joueurs d’Outre-Mer dans les effectifs des centres de formation. Nous distinguons trois groupes. Tout d’abord, deux centres présentent la caractéristique d’avoir plus de 6,1% de leur effectif recrutés entre 2002 et 2007 composé de jeunes d’Outre-Mer : il s’agit des centres de l’Ouest français : Le Mans et Lorient. Un second groupe se compose de neuf centres qui concentrent entre 2,1 et 6 % de joueurs issus des DOM-TOM : il s’agit de Le Havre, Lens, Monaco, Montpellier, Nancy, Nantes, P.S.G, Saint-Etienne et Sochaux.
Si les DOM-TOM constituent des « espaces-ressources » pour les centres de formation, il est aussi important de comprendre les liens qui se sont noués au fil des années entre les clubs professionnels français et les clubs amateurs d’Outre-Mer.

Les espaces métropolitains et les espaces des DOM : des espaces footballistiques en réseaux

Les relations entre les clubs des DOM et les clubs de la Métropole sont nombreuses et diverses. L’empreinte historique liée à la période coloniale a joué un rôle important dans les liens qui unissent la Métropole aux Départements d’Outre-Mer. Toutefois, rappelons que les équipes des DOM n’ont commencé à rencontrer officiellement des clubs amateurs et professionnels français qu’à partir de 1962 lors de la Coupe de France de football. Il faut donc attendre le début des années 1960 pour voir se développer les premiers liens officiels entre les dirigeants des clubs de la Métropole et des DOM. Depuis le début des années 1990, on remarque une étroite collaboration entre les clubs de la Métropole et les clubs des DOM. Un certain nombre de clubs professionnels n’ont pas hésité à officialiser leurs relations avec des clubs amateurs, afin d’avoir la « main mise » sur les meilleurs jeunes d’une génération donnée. Les relations tissées entre les clubs des DOM et les clubs professionnels français se sont parfois transformées en partenariats.
Le club de Caen peut compter sur un partenariat privilégié en Guadeloupe avec le club amateur du Red-Star Guadeloupe et depuis le début de l’année 2007 avec la ligue Guadeloupe (cf. carte n° 3). Le coordinateur montpelliérain du recrutement des jeunes souligne : « nous avons un club partenaire à la Martinique et un autre en Guadeloupe. Pour des raisons de concurrence avec les autres clubs professionnels français, il m’est impossible de transmettre le nom de ces clubs  ». La Réunion est aussi un département d’Outre-Mer très courtisé par les dirigeants des centres de formation de l’Hexagone. En 2002, le club nantais a signé un partenariat avec la formation de l’A.S. Excelsior de Saint-Joseph à la Réunion. Ce partenariat a été prolongé de trois ans en octobre 2004. Lors des deux premières années, 4 joueurs réunionnais ont rejoint la Jonelière pour poursuivre leur formation : Alexandre Tilin, Kevin Berby, Jacques Grondin et Jonathan Chaul. « Un partage d’expérience et une aventure humaine pour ces jeunes joueurs éloignés de leur famille. L’Association sportive Excelsior est le point de chute du Football Club de Nantes à la Réunion. Les meilleurs joueurs de l’île y sont ainsi détectés. C’est de cette manière que Dimitri Payet a rejoint les rangs nantais » (Foot 365). Le club du Havre détient un accord de partenariat avec le club de Saint-Pierre de la Réunion et le club de Nice s’est associé avec le club amateur de Saint-Gilles de la Réunion. « C’est vrai que les recruteurs des clubs professionnels français ont eu tendance depuis la victoire lors de la Coupe nationale des 14 ans en 2004 à s’intéresser davantage à la Réunion.
Plus qu’un succès historique, la Réunion a gagné en notoriété  » souligne le cadre technique fédéral, Jacques Lopez. Une quarantaine de jeunes joueurs ont été repérés ces cinq dernières années à la Réunion et la moitié se sont vus propose un contrat dans les centres de formation de l’Hexagone. La Coupe nationale des 14 ans est donc devenue pour les footballeurs réunionnais un « tremplin idéal » vers les centres de formation de la Métropole. C’est aussi l’occasion pour la ligue de la Réunion de faire reconnaître son travail au niveau de la préformation et de la formation. « Le pôle espoir mérite ses lettres de noblesse. Sur les 57 jeunes qui ont fréquenté le centre, 45 ont été orientés vers la métropole et 35 y sont toujours. C’est un pourcentage satisfaisant », conclut le Directeur Yves Dupuy. Le club lorrain de Nancy développe aussi ses réseaux en direction des DOM. Le Directeur sportif du club lorrain précise que son club a signé en 2003 un partenariat en Guyane avec le club de l’Association sportive de Roura.


Carte n° 3 : Les partenariats des centres de formation de l’Hexagone avec des clubs amateurs des DOM en 2005

Les migrations des footballeurs d'Outre-Mer

Les partenariats rejoignent des stratégies du recrutement élaborées consciencieusement par les dirigeants des clubs professionnels. La concurrence entre les nombreux centres de formation de la Métropole est rude. Il faut donc pour ces derniers, obtenir le contrôle des espaces de production de jeunes footballeurs prometteurs évoluant dans les DOM. La Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion  font partie intégrante de leur stratégie du recrutement. Les partenariats entre les centres de formation de la Métropole et les clubs amateurs des DOM se sont intensifiés ces dernières années. En 2004, on recense plus d’une dizaine de partenariats signés en direction des DOM. La méthode partenariale n’est pas l’unique méthode du recrutement des centres de formation à destination de l’Outre-Mer.

La prospection spatiale du recrutement organisée dans les DOM

Les coordinateurs des cellules du recrutement des jeunes des centres de formation n’hésitent pas à envoyer des recruteurs en direction des DOM pour observer les jeunes footballeurs. Ces derniers doivent prospecter, sélectionner des joueurs et tisser des liens avec des dirigeants de clubs des DOM. Les recruteurs deviennent dès lors des « antennes » pour les clubs. D’anciens joueurs professionnels originaires des DOM se reconvertissent en recruteur. Ils travaillent dès lors pour les clubs professionnels de la Métropole. Ainsi, Gérard Janvion fut recruteur au niveau des Antilles pour Saint-Etienne après sa carrière de footballeur professionnel. De plus, d’anciens joueurs professionnels, revenus dans les îles pour transmettre et apporter leur expérience et leur passion du football de haut niveau, s’investissent à observer les meilleurs jeunes. Les entraîneurs des clubs amateurs des DOM peuvent dans certains cas jouer les intermédiaires entre les DOM et la Métropole. Miguel Comminges, footballeur professionnel en activité à Reims en 2005 déclare avoir été incité à tenter sa chance en Métropole grâce à son premier entraîneur. « Je suis venu en Métropole grâce à mon premier coach M. Henri Caprin. Il a entrepris les premières démarches auprès de mon père et ensuite, il m’a poussé vers les premières sélections en Guadeloupe. J’ai alors disputé la coupe nationale des 14 ans à Clairefontaine-en-Yvelines. En 1997, je suis venu trois fois en Métropole. A mon retour, il m’a demandé si je souhaitais faire une section sport-études. Je lui ai répondu que j’étais d’accord » précise l’intéressé. Les joueurs professionnels originaires des DOM en activité dans les clubs de la Métropole s’investissent aussi auprès des jeunes. Certains joueurs originaires des DOM n’hésitent pas à revenir dans leur département pour apporter leur savoir faire. L’exemple de Charles-Edouard Coridon reflète parfaitement cette image : « Après avoir reçu un très bon bagage avec tous les entraînements que j’avais eu à la Martinique, pour maîtriser les quelques contraintes qu’il y aurait eu en Métropole, j’ai voulu revenir pour transmettre mon vécu, car j’ai gardé un très bon souvenir de ma formation au sein du club franciscain et au sein de la sélection martiniquaise. J’ai donc forcément beaucoup de choses à redonner aux Antilles ». Si un bon nombre d’acteurs (dirigeants, joueurs en activité, joueurs à la retraite, entraîneurs,…) participent à détecter des jeunes évoluant dans les DOM pour les proposer aux centres de formation de l’Hexagone, la coupe nationale des 14 ans, qui a lieu à Clairefontaine-en-Yvelines permet de réunir chaque année les 16 meilleurs joueurs âgés de 14 ans de toutes les ligues françaises (DOM-TOM inclus). A cette occasion, de nombreux recruteurs se trouvent sur le bord des terrains afin de faire leur détection sans avoir à se rendre dans les DOM.
Les structures d’entraînement au football de haut niveau commencent, depuis quelques années, à voir le jour dans les DOM. Des centres de formation s’érigent à travers les DOM. Le 16 septembre 2003 a été inauguré en Guadeloupe le premier centre de formation des jeunes footballeurs au Centre Régional d’Education Physique et Sportive (C.R.E.P.S.) du Raizet / Les Abymes. Cette structure permet la formation des 24 meilleurs jeunes âgés de 13 à 14 ans. Le centre de formation a deux objectifs. Tout d’abord, il permet à des jeunes de s’entraîner dans un cadre géographique familier et proche de leur famille et ensuite « de mettre fin aux recrutements sauvages effectués par certains clubs métropolitains auprès des familles. Ils pourront ainsi se préparer jusqu’à 14 ans et intégrer ensuite des filières professionnelles métropolitaines dont le rythme n’est jamais facile à vivre, autant physiquement que moralement ». D’autre part, les 20 meilleurs jeunes footballeurs âgés de 14 à 16 ans et licenciés dans un club amateur de la Ligue de Football de Martinique, peuvent depuis fin 2005, s’entraîner dans un centre de formation comme ceux qui existent dans les clubs professionnels français. Ces joueurs se verront proposer après leur formation de 2 à 3 ans, des stages dans des clubs professionnels européens qui pourront les garder s’ils répondent aux profils recherchés. Les joueurs qui n’auront pas de club, retourneront dans les clubs amateurs antillais.
Les stratégies du recrutement élaborées par les clubs professionnels de la Métropole permettent à de nombreux jeunes évoluant dans les DOM d’intégrer le football professionnel. Alors que certaines réglementations mises en place par les instances du football national contraignent le recrutement de joueurs résidant à plus de 100 km d’un centre de formation, on est donc en droit de s’interroger sur les bienfaits des recrutements opérés par les clubs à destination des DOM.
 
Pour conclure, on peut dresser plusieurs constats en calculant le taux de recrutement de joueurs des centres de formation pour chaque région française en 2004. Ce taux de recrutement calcule le nombre de joueurs recrutés dans une région par rapport à la classe d’âge des footballeurs âgés de 10 à 15 ans évoluant dans ce même espace géographique. Les régions Corse, P.A.C.A et parisienne sont comme nous l’avons expliqué des espaces métropolitains très sollicités par les centres. Le taux de recrutement de ces régions fait partie des plus élevés (cf. carte n° 4). De plus, dans trois départements d’Outre-Mer (Guadeloupe, Martinique et Réunion), le taux de recrutement est au dessus de la moyenne française. Ainsi, les espaces insulaires (Corse, Guadeloupe, Martinique et Réunion) sont très courtisés par les recruteurs français. La recherche des footballeurs au « profil type » conduit donc les responsables des centres à recruter en partie leurs joueurs dans les départements d’Outre-Mer.

Carte n° 4 : Les régions françaises métropolitaines et d’Outre-Mer les plus recrutées en 2004

Les migrations des footballeurs d'Outre-Mer

Les dirigeants des centres de formation français ont donc élaboré deux stratégies spatiales pour détecter et repérer le meilleur de la ressource d’Outre-Mer : la prospection spatiale et la politique partenariale. La prospection spatiale appliquée à des échelles géographiques plus ou moins fines est la méthode la plus utilisée par l’ensemble des centres. La politique partenariale développée soit de manière concentrique, soit de façon horizontale se révèle être aussi très utilisée. Les réglementations sportives établies par la F.F.F contraints les clubs professionnels et leur centre de formation à ne pas s’affilier avec des clubs amateurs, afin d’éviter toute interférence dans la hiérarchie des niveaux sportifs. La F.F.F veille à l’ « épanouissement sportif » de chaque club amateur. Ces stratégies spatiales peuvent être appliquées de manière simultanée ou alternée sur des espaces géographiques préalablement définis par leur cellule du recrutement, et cela en fonction des moyens financiers dont disposent les centres de formation.

Les centres de formation français peuvent compter aussi sur les espaces des DOM-TOM pour repérer leurs futurs joueurs professionnels. Des réseaux se sont constitués entre les centres français et les clubs amateurs d’Outre-Mer. Le football est vécu comme une seconde religion et se présente aussi comme un ascenseur social pour de nombreuses familles originaires d’Outre-Mer. La réussite des joueurs des DOM dans les championnats français et européens incitent et motivent les jeunes à s’investir encore plus dans la pratique du football. Plusieurs centres de formation de la Métropole n’hésitent pas à faire leur marché sur ces espaces géographiques d’Outre-Mer. On évoquera alors des recrutements ultra-périphériques. Les espaces d’Outre-Mer et l’espace métropolitain sont des espaces en réseaux. Les politiques partenariales et de prospections spatiales développées par les clubs professionnels aboutissent à des échanges d’informations et l’envoies de recruteurs sur place. Les dirigeants des centres de formation français ne limitent pas leur recrutement aux espaces français (Métropole et Outre-Mer). Ils élargissent aussi leurs stratégies de recrutement depuis quelques années sur l’espace international.

 

Bertrand Piraudeau, Docteur en Géographie-Aménagement du territoire

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