We are football association culture mémoire histoire
Comme eux rejoignez wearefootballDe volée
La naissance du football varois (1904-1914) Diaporama La naissance du football varois (1904-1914)

La naissance du football varois (1904-1914)

L'utilisation des documents officiels archivés aux échelons départemental et municipal ne permet pas de saisir la date précise de l'arrivée du football dans le Var. La consultation de la presse est plus utile pour approcher la vérité. Ont été étudiées systématiquement la collection complète d'un quotidien généraliste toulonnais dont l'audience a dépassé les limites du Var (Le Petit Var) et les feuilles des centres secondaires de presse (Draguignan, Brignoles, La Seyne, Saint-Raphaël, Hyères) dont la collection est lacunaire. Les échotiers de ces journaux utilisent rarement de 1890 à 1904 le mot football, et à les lire, on ne sait pas toujours de quel sport il s'agit. A partir de 1899, on commence à avoir une plus juste appréciation des choses du sport avec La Côte d'Azur sportive (Nice-Cannes) qui couvre le Midi méditerranéen à l'est du Rhône, ensuite avec la presse spécialisée varoise : Le Var sportif (Draguignan fin 1905) puis La Vie Sportive (Toulon fin 1907), dont les collections sont lacunaires certaines années. La consultation de la presse cléricale et de la presse socialiste permet de comprendre la faiblesse du sport affinitaire portant ces deux sensibilités. En dehors des liasses d'archives nationales, départementales et municipales, il a été utile de dépouiller celles de la Marine.

En 1897, année du jubilé de l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA), 56 départements et 96 villes sont concernés par les sports collectifs anglais [Pierre Arnaud]. Le Var apparaît encore en négatif. On peut fixer la date de naissance officielle du football varois en 1904 (cinq ans après le rugby) à partir de deux pôles extérieurs au département et d'un pôle militaire et scolaire centré sur la rade de Toulon mais dont les principaux acteurs sont très largement originaires d'autres régions déjà gagnées à la pratique de ces sports. Le football va se diffuser à l'intérieur du département en étant écartelé entre deux comités régionaux de l'USFSA : à l'ouest le Littoral et à l'est la Côte d'Azur.

A. Les pôles de diffusion du football vers le Var.

1. Marseille. Le comité du Littoral se constitue en 1898 avec l'Olympique de Marseille, nouvellement créé à la suite de fusions successives de clubs qui, depuis 1893, pratiquent les deux variantes du football (association et rugby) et d'autres sports : tir, escrime, etc. En 1899, le football s'étend à Marseille, Aix, nord des Bouches-du-Rhône, et Vaucluse où le rugby s'implante vite. Les dirigeants marseillais du Littoral étendent leur domaine avec l'arrondissement de Toulon. Mais à La Seyne, Hyères puis Toulon, la préférence va d'abord au rugby. La première trace d'un match de football dans la presse à Toulon date de mars 1904. Il oppose l'Union sportive du lycée de Toulon (USTL) à une équipe du 22ème colonial caserné à La Seyne.

2. Côte d'Azur. A partir de 1900, le football devient visible sur la Côte d'Azur, d'abord à Nice (Football vélo club) puis à Cannes (Association sportive), à Antibes (militaires du 112ème de ligne) et à Monaco. Ces clubs azuréens se fédèrent en deux étapes et en août 1904 se met en place le comité régional de Côte d'Azur de l'USFSA dont l'autorité s'étend sur les Alpes-Maritimes, Monaco et les arrondissements varois de Draguignan et de Brignoles. Les promoteurs du football azuréen sont surtout des Anglais résidant une partie de l'année de Menton à Saint-Raphaël et qui ont déjà rencontré amicalement les équipages de navires de commerce et de yachts anglais et américains. Ils se sont joints à l'action de Gonnet, qui a joué en Suisse, et d'aristocrates du Racing-club de France (RCF) : les frères G. et Ch. de Saint-Cyr et Massingy d'Auzac. Les premiers joueurs de Côte d'Azur ne pratiquent que le football et délaissent le rugby jusqu'en 1910. Donc, le découpage régional de l'USFSA est essentiel pour comprendre la partition entre le football et le rugby et la géographie du football varois à la fois écartelé et périphérique.

3. Militaires et scolaires. La présence militaire dans le Var est aussi une donnée essentielle pour comprendre la diffusion et l'importance du sport. Toulon, principal port de guerre français, compte une population flottante d'environ 10 000 hommes jeunes, et fluctuant en fonction de l'expansion coloniale et de la politique extérieure. Elle se compose des équipages de l'escadre de Méditerranée et des services à terre auprès de la préfecture maritime. La ville est en outre le siège d'une subdivision du XVème corps d'armée et loge le 111ème de ligne et le 10ème d'artillerie à pied. Depuis la loi du 7 juillet 1900, les troupes d'infanterie de Marine deviennent "troupes coloniales" et passent sous l'administration de la Guerre. La Seyne, quelques années plus tard, perd ses marsouins et ses bigors au profit de Hyères, de Brignoles et de quelques forts de la côte. Draguignan héberge un bataillon du 61ème de ligne.

L'arrivée du football dans le Var coïncide avec la reprise des dures luttes politico-religieuses puis la montée des tensions diplomatiques. Les courants hygiéniste et patriotique sont réactivés. Or les autorités politiques et militaires s'inquiètent du désœuvrement des jeunes matelots et soldats dans un port où les moralistes et les hygiénistes déplorent depuis au moins trois décennies la prolifération des lieux de «perdition». Le péril vénérien et alcoolique n'est pas le seul qu’il faut juguler. Le péril «rouge» est représenté par la Bourse du Travail et la montée, certes limitée, de l'anarcho-syndicalisme, dans un port où les matelots côtoient les jeunes ouvriers des arsenaux et des chantiers navals. Le péril clérical, dénoncé dans la presse républicaine avancée, a déjà pris forme avec la Maison de famille du Marin et du Soldat fondée par des officiers légitimistes retraités et administrée par l'aumônier de la Flotte. Les ministères radicaux jugent alors utile d'encourager des œuvres privées pour éduquer moralement et civiquement les jeunes militaires par le biais des jeux et des sports. La section toulonnaise de l'Œuvre des jeux du Soldat est créée en octobre 1905 par le proviseur du lycée et un commissaire général de la Marine en retraite. En juin 1904, le Foyer du Marin et du Soldat ouvre ses portes à la suite d'une initiative de la Ligue française de l'Enseignement et d'une section toulonnaise de la Ligue antialcoolique. Les résultats ont été modestes faute de moyens. On peut aussi incriminer le peu de goût des jeunes militaires pour les loisirs moralisateurs encadrés et le peu de zèle des officiers de Marine pour des tâches peu valorisantes. Le taux élevé de célibat de ces derniers explique aussi la fréquentation des nombreuses fumeries d'opium et des «petites alliées» chères à Claude Farrère qui était à ce moment-là capitaine de vaisseau sur le Bouvet.

Les premières sociétés régimentaires et maritimes sont visibles dans la presse à partir de 1906. A Draguignan, le lieutenant Delmas crée l'Union sportive militaire qui pratique le football après avoir tenté sans succès d'implanter le rugby. Les deux premiers bâtiments concernés ont été les cuirassés Kléber et Saint-Louis, imités par les jeunes chauffeurs et mécaniciens avec leur Arpète club, et par les télégraphistes coloniaux. De 1906 à 1914, j'ai recensé 65 clubs militaires. Une petite minorité s'est affiliée à l'USFSA et a participé aux championnats maritimes et militaires du Littoral. De 3 en 1907-1908, leur nombre est passé à 18 la saison suivante. Le rugby y a été plus représenté que le football. Malgré tout, la place du football dans la Marine a été limitée dans la mesure où deux équipes de football d'un même cuirassé ne représentent que 3 à 4% de l'effectif embarqué. La mobilité de l'escadre, aux missions diverses, comme le montrent les journaux de bord des officiers et des timoniers, et le départ en manœuvres des troupes de ligne fragilisent ces sociétés qui ne peuvent pas participer dans leur majorité à des championnats au calendrier fixé par l'USFSA. Il en est de même des sociétés civiles qui intègrent des militaires dans leurs rangs et qui sont en plus pénalisées par le départ des classes. Ceci est d'ailleurs l’une des raisons du taux de mortalité très élevé des clubs avant la guerre.

Largement lié à ce pôle militaire, on peut intégrer une partie du monde scolaire varois (enseignements secondaire et primaire supérieur) dans la mesure où les effectifs des établissements autour de la rade englobent des enfants de militaires. Les premiers clubs scolaires et les premiers matchs entre scolaires et militaires apparaissent en même temps dans la presse. Le collège communal de Draguignan, le lycée de Toulon qui prépare aussi à Navale et à Saint-Cyr, le collège des maristes de La Seyne, dispensent un enseignement suivi, au total, par près de mille élèves appartenant majoritairement à des milieux aisés où les officiers de Marine sont largement représentés. Leur aire de recrutement dépasse largement le département et la région. Des élèves viennent de villes ou de régions où les sports anglais sont déjà enracinés. L'enseignement primaire supérieur masculin se dispense à Toulon (école Rouvière), La Seyne, Bandol, Lorgues et n'est prévu à Brignoles qu'à la veille de la guerre. Dans les deux premières EPS, on pratique plus le rugby que l'association, et les études orientent en partie vers les carrières techniques de la Marine et les Arts et Métiers d'Aix-en-Provence, d'où une certaine osmose avec la «Royale». Ces quatre écoles préparent aussi au concours d'entrée à l'Ecole normale de Draguignan où l'Union sportive normale ne joue qu'au football alors que certains de ses élèves ont connu le rugby. Au sein de ces établissements, l'impulsion ne vient pas des professeurs de gymnastique, presque tous anciens prévôts d'armes, passés par la Marine, l'Armée et parfois par Joinville, enracinés dans leur poste depuis l'époque de Jules Ferry, actifs dans les sociétés conscriptives et la gymnastique commerciale, et cramponnés à une gymnastique disciplinaire, patriotique et souvent subie comme ennuyeuse. Au lycée de Toulon l'incitation est venue des proviseurs, et à Draguignan du principal, ancien surveillant général à Carcassonne, très ouverts aux sports nouveaux. A Toulon, il faut ajouter aussi le rôle de jeunes professeurs d'anglais qui ont visité les collèges anglais les plus prestigieux, louant lors des discours de cérémonie de remise des prix le système éducatif anglais qui accorde plus d'importance à la «culture du corps». Ils ont plus d'influence que leurs vieux collègues de gymnastique qui souffrent en plus de la comparaison avec les autres professeurs, agrégés pour la plupart. Les associations d'anciens élèves du lycée et du collège ont encouragé le football scolaire comme on le constate à la lecture de leurs bulletins périodiques.

En résumé, la géopolitique du football varois à ses débuts (1904-1906) colle parfaitement à un certain nombre de réalités historiques, géographiques, politiques, économiques, démographiques, sociales, culturelles. Le Var est un département qui manque d'unité et qui ne mérite plus son nom depuis 1860. La Société de Géographie de Toulon (1886-1890) a cru résoudre ce problème. On connaît le résultat. Toulon, environ 100 000 habitants (le tiers du Var) a beaucoup de casernes et pas d'université. La Chambre de Commerce et d'Industrie n'est rien comparée à celle de Marseille. Le patronat autour de la rade vit de commandes de l'Etat, variables selon la conjoncture politique et économique, et il ne s'implique que très marginalement dans le sport. Le clergé du diocèse de Toulon et de Fréjus, dans son écrasante majorité, ne voit pas l'utilité des exercices physiques. Toulon, entre Nice et Marseille, n'a pas d'hinterland et son influence urbaine n'est pas à la hauteur de sa démographie. Draguignan, chef-lieu du département depuis la fin de la Révolution française, n'atteint pas 10 000 habitants (3,5% du Var) alors que le centre de gravité de la population départementale se déplace rapidement vers les principales communes de la bande littorale. C'est le siège du Conseil général dont les membres sont très majoritairement des élus des cantons ruraux qui considèrent le football comme un simple délassement, et ils ont d'autres priorités (viticulture, écoles, vicinalité, hygiène). Il a été difficile de placer Marseille et Nice dans le même comité régional étant donné l'éloignement : par train omnibus (les rapides étant rares), il faut environ 16 heures pour l'aller-retour. Saint-Raphaël est moins loin de Nice que de Toulon et il est plus facile d'aller de Brignoles à Marseille qu'à Nice et, pourtant la sous-préfecture est incluse dans le comité de Côte d'Azur. Il n'est pas étonnant que les dirigeants de l'USFSA tirent les conséquences de cet écartèlement et l'accentuent.

B. Les acteurs et les axes de diffusion à l'intérieur du Var.

1. Le comité de Côte d'Azur. En 1904, le football arrive à Saint-Raphaël. Le rôle des Anglais a été prépondérant dans cette bourgade de 2 000 habitants environ, en pleine croissance, station hivernale qui commence à devenir aussi une station estivale. Le Stade raphaëlois (SR) est né de la rencontre entre un jeune instituteur laïque, féru de sport, Albert Camatte, et un groupe de jeunes Anglais (hivernants, agents immobiliers, préparateurs en pharmacie, employés des mines des environs). Dans l'équipe-type, près de la moitié des joueurs sont anglais ou franco-anglais (les trois frères Sergent dont deux ont pratiqué le football à l'université d'Oxford et l'un a joué en équipe de France). L'amalgame se fait rapidement avec des joueurs locaux ou des villages voisins, de milieux plus modestes, tel le goal Denegri, employé municipal. La présidence d'honneur est offerte à Lord Amherst of Hackney qui passe l'hiver dans sa villa de Valescure. Bien qu'un terrain soit vite trouvé et aménagé au Vignas, le démarrage tarde en raison de la faiblesse démographique de la bourgade qui ne permet pas d'aligner une équipe réserve. L'affiliation à l'USFSA officialisée, le club joue rapidement un rôle majeur en première série, et en avril 1912, ses efforts sont récompensés par le titre de champion de France après des victoires sur le Stade helvétique (Marseille) et l'AS française de Paris. A cette date, le club rassemble 225 membres dont 79 actifs, 12 d'honneur et 134 honoraires. Les recettes dépassent les 8 000 francs, provenant des cotisations (1 200 f), des subventions (400 f) venant de la Ville et du Syndicat d'initiative, des recettes aux matches (3351 f), d'une prime exceptionnelle de la Ville (500 f) et d'une allocation de l'USFSA touchée lors de la finale. Les dépenses concernent surtout les voyages des équipes 1 et 2 (3 271 f) et les indemnisations des équipes visiteuses (2 800 f). Viennent ajouter de nombreux frais d'équipement et de fonctionnement. Le SR (1) a joué 27 matchs lors de cette saison dont 15 à domicile. Le bilan est de 22 victoires, 2 nuls et 3 défaites; 94 buts marqués et 29 encaissés. La souscription des "Amis du SR" a rapporté 521 francs pour 257 donateurs. On voit que toute une ville est derrière son club. Les champions de France ont été accueillis à la gare PLM par une foule considérable, musique en tête, et à la mairie ils ont été salués par La Marseillaise. A voir le budget détaillé, on peut constater une organisation assez rare pour l'époque, le club rentrant dans la stratégie de la Ville pour la promotion touristique; il bénéficie du soutien de l'hôtellerie et de la presse locales.

Le comité de Côte d'Azur ne pouvait se contenter d'une demi-douzaine de clubs et il fallait, à partir de Saint-Raphaël, élargir l'aire de recrutement vers l'ouest. La première ville conquise a été le chef-lieu avec la création, cinq mois après le SR, du Sporting club dracénois (SCD) par Havard, commis des Postes et Télégraphes, et J. Labat, jeune avocat appartenant à une famille aisée de la ville. Entre les deux villes, reliées par chemin de fer avec un changement aux Arcs, la distance est courte et le nouveau club rencontre des conditions socioculturelles plutôt favorables pour démarrer. Il est suivi par d'autres créations; en 1905, apparaît le Stade universitaire dracénois (SUD), club du collège, l'Etoile sportive et l'Union sportive normale en 1907; en 1908, la Jeunesse sportive qui semble être la section sportive de la vieille Œuvre de Jeunesse de Draguignan fondée par des oratoriens en 1870. Ajoutons à cela la mise en activité d'une section de football par La Dracénoise, société de gymnastique municipale fondée en 1900. Cela fait beaucoup pour une ville de cette importance, même si certaines de ces sociétés ou sections ont eu un fonctionnement éphémère ou intermittent.

Quelques années après Draguignan, des bourgades industrialisées et des villages bien reliés par le Central Var au chef-lieu ont eu aussi leur club : Trans, très proche, Flayosc (chaussures), Salernes (céramiques), Barjols (tanneries) où la section de football vit à l'ombre du cyclisme. La diffusion vers l'ouest par la voie principale PLM qui emprunte la dépression permienne en contournant le massif des Maures par le nord a été plus rapide et toutes les communes qui ont une gare ont eu leur club, voire deux. Dans l'ordre chronologique : Le Muy-sports, Puget-sur-Argens (Club sportif), Le Luc (Union sportive), Vidauban (Cible sportive et Stade), Les Arc (Vélo sport qui délaisse en 1907 la bicyclette pour le football), Roquebrune (Olympique) où l'implantation dans ce village qualifié d'antisportif a rencontré plus d'obstacles que chez ses voisins, Puget-Ville (Union sportive) et Gonfaron (Stade); ces deux derniers relevant du comité du Littoral. Plus au sud, le chemin de fer du Littoral et la nouvelle route côtière facilitent la naissance d'un semis de clubs dans la région du golfe de Saint-Tropez, à Sainte-Maxime, Grimaud, Gassin, Cogolin dont le Sporting club accédera à la Première série, et bien sûr la cité du bailli de Suffren avec son Football club dont la naissance a été retardée par des rivalités. Le massif des Maures lui-même n'a pas été un désert footballistique, avec l'Etoile sportive des Maures (La Garde-Freinet), le Racing club plantourian (Plan de la Tour) et le Stade minier vaucronien. Ce dernier s'explique par la reprise éphémère de l'exploitation de métaux non ferreux par une société belge qui exporte sa production vers le Royaume-Uni (Cardiff), l'implication de son directeur, qui arbitre les matchs, et des cadres (ingénieurs, chimistes), et enfin par une subvention de la municipalité de La Garde-Freinet. En 1907, le comité de Côte d'Azur décide de créer deux régions (Var et Alpes-Maritimes) et trois séries pour limiter les déplacements et la durée de la saison, multiplier les titres de champion (neuf au lieu d'un), pensant ainsi stimuler l'émulation et peut-être satisfaire les clubs de l'Est varois.

A partir de Draguignan, le football est diffusé par de jeunes enseignants et des collégiens. On se limite à deux exemples. L'US lucoise est due à l'action de Louis Ventre, répétiteur au collège et président du SUD. L'AS cuersoise a pour fondateur et entraîneur Antoine Gastinel, goal du SUD et originaire de la bourgade. La solidité, voire la survie d'un club, doit beaucoup au soutien d'un notable, le maire, par exemple à Gassin et à Saint-Tropez, ou un parlementaire : à Puget-Ville, l'Union sportive reçoit le soutien de Louis Martin, député puis sénateur radical-socialiste originaire de la localité. Des Anglais de la côte et des collégiens des villages des Maures, internes à Draguignan, ont pu faire la liaison avec les trois clubs du massif.

2. Le cas de l'arrondissement de Brignoles. Dès mai 1904, des jeunes gens forment une société qu'ils appellent Union sportive brignolaise (USB). Ils jouent quelques matchs entre eux puis la presse n'en parle plus. Il faut attendre septembre 1911 pour qu'une trentaine de garçons âgés de moins de 16 ans créent le Junior club brignolais. La même année, le Vélo club local se dote d'une section de football, mais La Vie sportive du 21 novembre déplore qu'à Brignoles les sports athlétiques sont délaissés : pas de football, une équipe du 8ème colonial désorganisée. L'année suivante, la Renaissance brignolaise, qui semble résulter de la fusion d'une société de préparation militaire et d'une fanfare, joue un match de football. A la veille de la guerre, ce sport n'est pas pratiqué dans la ville. Le Sporting club de Saint-Maximin, né en 1906, se plaint en 1907 de l'éloignement et des difficultés de communication. Il est vrai que ses adversaires du comité de Côte d'Azur ne sont pas à proximité à un moment où le sous-comité du Var n'est pas encore en fonction. La bourgade dispose pourtant d'une gare et est traversée par la RN 7 mais les transports routiers collectifs sont embryonnaires et le goudronnage des routes n'est qu'envisagé.

Si le football est très peu pratiqué dans l'arrondissement cela tient à plusieurs raisons. Déjà, à la fin du XIXème siècle, les rapports des inspecteurs primaires de la circonscription insistaient sur le peu d'appétence des élèves et des familles pour la gymnastique, le besoin ne s'en faisant pas sentir car les jeunes ruraux vivent et travaillent au grand air. Brignoles depuis la fin du Second Empire subit une sérieuse hémorragie démographique à la suite de l'arrêt de nombreuses activités industrielles (tanneries, etc.). La ville est au cœur d'un arrondissement viticole qui, un quart de siècle après la crise phylloxérique, est à nouveau dans la spirale de la crise en raison de la mévente du vin. Les esprits sont moins taraudés par la "régénération de la race" par les sports que par la sortie de crise. Les sociétés qui exploitent la bauxite ne s'intéressent pas aux loisirs de leurs «gueules rouges». Les scolaires et les militaires ne semblent guère encadrés. Les élus ruraux ont d'autres priorités que le football et ils sont majoritaires au Conseil général. Le socialisme modéré qui gagne les campagnes, doublement personnifié par le député ...Octave Vigne (!), se préoccupe peu du redressement des corps : Le Cri du Var, organe fédéral de la SFIO, n'a pas de rubrique sportive ... depuis les premiers matchs particulièrement musclés entre le Stade raphaëlois et le Sporting club dracénois, le football étant considéré comme un ferment de diversion et de division qui désespère la Bourse du Travail et la Libre Pensée de ces deux villes. Donc, les obstacles à la pratique du football l'emportent sur les éléments fédérateurs qu'on n'aperçoit pas. Pourtant, à la veille de la guerre, la situation du chef-lieu tend à s'inverser (reprise de la presse locale, association de commerçants, école primaire supérieure, exploitation de la bauxite, reprise du vignoble). La dernière société sportive locale formée avant la guerre s'appelle Renaissance brignolaise.

3. Le comité du Littoral. Constitué en 1898 à Marseille, il fédère autour d'un petit noyau de clubs marseillais puis aixois des associations varoises et comtadines et gère en même temps le football et le rugby alors que celui de Côte d'Azur ignore le rugby jusqu'en 1910. La recherche d'adversaires par les Marseillais se fait selon deux axes : vers le nord en direction du Vaucluse et vers l'est en direction de Toulon et d' Hyères. Ils sont matérialisés par la grande voie PLM reliant Paris à Vintimille, avec deux courtes branches vers Hyères et Draguignan. Les distances sont assez faibles et on peut envisager le cumul dans la même journée d'un match et d'un voyage aller-retour, ce qui n'est guère possible pour une rencontre entre Toulonnais et Niçois. Autre différence avec la Côte d'Azur : les clubs marseillais, aixois, seynois et toulonnais sont nettement plus multisports et pratiquent les deux variantes du football : rugby et association, mais très vite le rugby a leur faveur. C'est le cas de la plaine maraîchère du Comtat où le rugby de village naît précocement, de la plupart des clubs des Bouches-du-Rhône (Aix, Châteaurenard, Salon) en remarquant qu'à Marseille, la situation est plus complexe. L'OM préfère d'abord le rugby puis à partir de 1910 environ la situation s'inverse. Le Stade helvétique de Marseille qui regroupe les jeunes Suisses alémaniques du grand port (négociants, banquiers, agents consulaires) ne se livre qu'au football et devient très vite un des meilleurs clubs de France. Dès 1899, l'Union sportive hyéroise (USH), sur les conseils d'un joueur marseillais, Louit, choisit le rugby. En 1901, ce dernier est un des membres fondateurs de l'Union sportive seynoise (USS) et c'est aussi le rugby qui est choisi, surtout grâce à Victor Marquet, un ingénieur aux Forges et Chantiers de la Méditerranée, ancien condisciple de Franz Reichel au lycée Lakanal de Sceaux, et ancien capitaine du Stade français.

Marquet est aussi à l'origine du premier club civil toulonnais pratiquant les sports collectifs anglais, l'Etoile sportive toulonnaise (EST), qui choisit le rugby sans rejeter le football qu'il pratiquera exclusivement après la naissance du Rugby club toulonnais (RCT). Toulon devient vite une grande ville de rugby laissant végéter dans l'ombre le football local et fortifiant ainsi l'hégémonie marseillaise sur ce sport dans la région. Les deux grands ports affichent vite des identités sportives différentes et s'enlisent dans des querelles récurrentes. Quand le RCT devient rapidement le principal élément fédérateur d'une ville qui par ailleurs n'a aucun pouvoir de commandement politique ou économique, les nombreux clubs et équipes toulonnais de football vivotent à l'ombre du rugby en s'éparpillant sur les terrains vagues et les places publiques en raison du manque de terrains propices et en se livrant à des guerres picrocholines aux motifs obscurs. Chaque petit club de rue, de place, de quartier, de faubourg, vaguement cimenté par la même appartenance professionnelle, l'origine géographique, la fréquentation d'un même café, etc., a sa «vedette» qui refuse toute fusion. Le football toulonnais, malgré le très grand nombre de ses pratiquants manque de moyens, d'envergure et d'éléments fédérateurs. C'est le sens donné par les articles de la presse sportive par exemple dans le numéro du 4 novembre 1911 de La Vie sportive. C'est un motif d'inquiétude pour le Conseil municipal, soucieux de l'ordre public et de la moralisation d'une jeunesse turbulente, lors de sa délibération du 2 juin 1913.

A La Seyne, l'USS rivalise d'abord au rugby avec les équipes marseillaises avant de créer une section de football puis de disparaître en raison du redéploiement des troupes coloniales et de la fusion surprise avec l'Etoile sportive toulonnaise. En octobre 1910, la municipalité socialiste subventionne la Jeunesse socialiste locale pour pratiquer les sports athlétiques mais cette décision est annulée à plusieurs reprises par la préfecture car le président de cette association a donné une conférence antimilitariste à la Bourse du Travail lors du départ des classes. Comme à Marseille à la veille de la guerre la balance penche en faveur du football mais avec une pratique modeste.

Le cas hyérois est intéressant à plus d'un titre. L'USH est le premier club varois à avoir envisagé la pratique du football en 1899 mais le rugby a été choisi, peu joué, puis abandonné jusqu'en 1924. Avant 1910, le football n'y est pas joué. A cette date apparaît le Stade hyérois qui est en fait une section de la société de tir et de préparation militaire et dont le président est le docteur Perrenot, un nationaliste assagi. Son organisation est originale avec l'élection des capitaines et les lieutenants des différentes équipes, mais les jeunes de la ville ne se bousculent pas pour s'y inscrire. Apparue martialement, la section s'efface discrètement. On comprend aussi qu'elle n'ait pas séduit les jeunes Anglais de la station. 18 mois plus tard, le Vélo sport hyérois (VSH), né en 1893, présidé par le vétérinaire Pierre Moulis, personnage complexe au centre de la vie politique et sportive locale, se dote d'une section de football, semble-t-il sous la pression d'une partie du bureau et des jeunes adhérents. Le 16 janvier 1912, au cours d'une assemblée générale qui réunit 96 des 162 membres actifs, Moulis, réélu par 65 voix consent une somme de 420 francs, soit 29% des fonds disponibles, à la nouvelle section présidée par le docteur Perruc, conseiller municipal modéré, qui fait aménager un terrain, affilie le VSH (déjà membre de l'Union vélocipédique de France) à l'USFSA. Perruc est élu président du club qui, pour sa première année, devient champion du Littoral (2ème série). La section obtient l'autonomie avec l'accord de la fédération. Les premiers matchs du VSH ont lieu contre une équipe anglaise de la ville dont les joueurs intègrent le club et en forment l'ossature. C'est grâce au docteur Perruc, qui est aussi soigneur du club que Hyères devient le principal pôle footballistique de l'Ouest varois; c'est le seul capable de rivaliser avec les équipes marseillaises en première série du Littoral à la veille de la guerre. Cependant dans la presse sportive, la confusion s'installe puisque le club est désigné sous le sigle VSH ou sous celui de HFC (Hyères football club). Est-ce que le HFC est vraiment devenu un club séparé du VSH ? On peut faire deux remarques : la double affiliation à l'UVF, qui gère aussi le cyclisme professionnel, et à l'USFSA, intransigeante gardienne de l'amateurisme, est difficile au sein d'un même club. Les relations entre Moulis, conseiller général socialiste indépendant après son départ de la SFIO en 1907, et Perruc, conseiller municipal, ont été difficiles. Après la guerre, les choses seront clarifiées. L'importante colonie britannique est très prégnante dans la station, à la fois touristique et médicale, avec son église anglicane, sa banque, son consulat, son hôtel Albion, mais elle y a joué un faible rôle dans la naissance du rugby et du football. Sa partie la plus huppée est tournée vers le «high life» local et international hivernant, et se montre à l'hippodrome, sur les links, lors des parties de tennis sur les terrasses des grands hôtels, et au Casino. Une autre partie se mêle à des couches sociales plus modestes avec ses footballeurs, ses randonneurs cyclistes et ses boulistes. Enfin, une fraction non négligeable est venue à Hyères soigner ses «poitrines fragiles».

Le football de village de l'Ouest varois n'est visible que dans sept localités qui ont un ou deux clubs : Ollioules (Union sportive et patronage catholique), Cuers, La Crau, Le Beausset, Bandol (EPS et patronage catholique), La Londe, et enfin Collobrières. Ce dernier village, enclavé au milieu du massif forestier des Maures, subit une sévère saignée démographique en raison de la grave crise de la châtaigne et du liège, et parvient malgré cela à mettre sur pied un club qui pratique le cyclisme, qui est ici une nécessité, et le football. Club éphémère, victime également des querelles politiques locales.

C. Les facteurs de la diffusion et de l'enracinement des clubs.

Au-delà des facteurs déjà évoqués (communications, acteurs, relais, soutiens, impulsions), il semble légitime de s'interroger sur les causes plus profondes de la diffusion de certaines formes de sociabilité et sur le processus d'imitation. Maurice Agulhon a décrit la diffusion des cercles et de l'idée républicaine et démocratique, des villes vers les «bourgs urbanisés» compacts à la population socialement diversifiée. Dans le cas du Var, ce qui était valable au milieu du XIXème siècle pour la diffusion des idées politiques et sociales, l'est aussi pour la pratique des exercices physiques et l’«idéologie compétitive», un demi-siècle plus tard ? Lorsque l'on étudie les statuts des sociétés sportives, surtout les premières, on voit ce qu'elles doivent aux cercles. Lorsque l'on observe leur fonctionnement dans la presse, ce qui frappe c'est leur caractère multifonctionnel (hygiénique, humanitaire, festif, civique, etc.). En effet, la cloison entre les associations n'est pas étanche. Tel cercle toulonnais crée une section vélocipédique ; l'Union sportive londaise, par fusion avec une société musicale, a une fanfare; le Vélo sport hyérois, à ses débuts, se dote d'une section musicale et fonctionne aussi comme une mutuelle pour assister ses membres accidentés. Comme les cercles et les sociétés musicales, les clubs sportifs participent à la vie de la cité.

Cette période est celle de la relève des notables traditionnels par les «couches nouvelles» naguère chères à Gambetta. Elle est aussi celle de la «modernité» englobant aussi, sur un mode mineur, les sports qui prennent le relais des jeux d'exercice traditionnels. La présidence d'un cercle, d'une société humanitaire, d'une académie, d'une société artistique, est un tremplin vers une fonction édilitaire. A Toulon, le jeune avocat radical Charles Roche est en une parfaite illustration d'autant plus qu'il bénéficie d'un levier important avec la direction d'un journal (Le Var Républicain). La présence dans les sociétés dracénoises du docteur Balp, conseiller général radical-socialiste, est incontournable. On a vu aussi à Hyères l'exemple de Pierre Moulis. Mais ce qui est vrai pour une société nautique, gymnique ou cycliste l'est-il aussi avant 1914 pour un club de football ? On constate que Balp préside le Cercle des boulomanes mais on ne le voit pas lors des matchs du Sporting club. A Toulon, le maire Marius Escartefigue est très présent aux apéritifs et aux banquets boulistes mais on ne le voit pas aux matchs de rugby ou de football. Le football, à ce moment-là, pèse moins lourd politiquement et socialement que le nautisme ou la gymnastique. Peu de footballeurs sont alors en âge de voter, ce qui n'est pas le cas des boulistes. La présidence d'un club de football n'est pas encore suffisamment valorisante. Mais comme le football a un parfum de modernité, le maire ou un autre notable déjà bien installé accepte la présidence d'honneur. D'ailleurs, beaucoup de ces clubs ont plus de membres honoraires et d'honneur que de membres actifs : 65% au Stade raphaëlois en 1912. Leurs cotisations sont plus élevées et leur présence valorise l'action des jeunes sportifs. Il est certain que l'encadrement et la réussite du SR ont valeur d'exemple aux yeux des jeunes des villages voisins qui fournissent aussi des joueurs au club doyen.

La presse, surtout sportive, accélère le processus d'imitation à partir de 1905-1907. Malgré son tirage faible, elle contribue à propager le fait sportif et l'esprit de compétition. La Vie sportive, par exemple, s'inscrit dans l'idéologie du progrès technique et la modernité en insérant à la une la chronologie récente des inventions techniques. Ces dernières ne concernent pas directement le football mais elles installent le lecteur et le pratiquant dans l'idée que la formation d'un club de football est un progrès. Les obstacles à cette formation ne peuvent être que le fait de réactionnaires ou de conservateurs. La liaison est parfois faite entre l'attitude antisportive d'une part et la léthargie économique d'autre part. La carte du football varois en 1914 coïncide largement avec les régions les plus dynamiques innervées par un réseau moderne de voies de communication. Indiscutablement, l'apparition de la presse sportive a permis l'accélération de l'associationnisme sportif et a joué un rôle pédagogique auprès des jeunes footballeurs (exposés des règles).

Cependant le processus de diffusion du football dans les villages s'est heurté à un important obstacle déjà mentionné : l'exode rural et le déplacement du centre de gravité de la population varoise, déjà amorcé avant les crises. D'autant plus que cet exode a atteint la démographie villageoise à deux niveaux : les jeunes des couches rurales aisées qui auraient pu exercer une fonction d'encadrement et les jeunes des milieux modestes dont le départ en grand nombre des communes faiblement peuplées (moins de 1000 habitants) a interdit la formation de clubs durables. En plus, chaque année le départ des classes pour un service militaire de deux puis de trois ans a ajouté au tarissement des effectifs. L'apport de l'importante immigration italienne semble avoir eu peu d'effet dans ce domaine dans la mesure où elle s'est portée vers les régions les plus dynamiques. Les pyramides des âges construites par Yves Rinaudo ont des allures très différentes selon les villages et leur composition, même quand ils sont proches. A Grimaud, par exemple, la pyramide de la population italienne est nettement plus jeune que celle des natifs. En outre, l'arrivée des Italiens n'était pas toujours bien vue et l'étude de la sociabilité sportive italienne dans le Var montre des situations très contrastées. L’adhésion d'un étranger à un club ne peut se faire parfois qu'après une période d'intégration plus ou moins longue. On remarque aussi que certaines pratiques sportives ont été intégratrices (football, rugby, cyclisme, boulisme), d'autres l'ont été très inégalement selon les communes (jeu de paume, jeu de ballon) et enfin certaines ont développé une sociabilité fermée; c'est le cas de la gymnastique et du tir pour des raisons patriotiques et même nationalistes; la targue et l'excursionnisme pédestre ont été italophobes dans la mesure où des membres de la direction de ces sociétés étaient à la fois provençalistes et nationalistes. Pour expliquer la résistance à la diffusion du football dans certaines contrées, il faut tenir compte du cloisonnement socioculturel et de la résistance de certains jeux d'exercice traditionnels.

Les sociétés sportives varoises de cette période sont, comme on l'a déjà vu, presque toutes multisports. En associant plusieurs sports se pratiquant à des saisons différentes, cette caractéristique permet de prolonger la sociabilité sportive au-delà de la courte saison de football, essentiellement de novembre à février pour les championnats régionaux de l'USFSA. La dispersion des adhérents à la fin de la saison mettrait en péril l'existence même du club. Cela vaut beaucoup moins pour les petits clubs non officialisés ou non affiliés qui se contentent de matchs amicaux. La pratique de la gymnastique et de la préparation militaire, obligatoire pour obtenir le label SAG (société agréée par le gouvernement) en vertu de l'instruction ministérielle du 7 septembre 1908, facilite l'obtention de subventions. Certains sports sont jugés utiles pour la préparation des joueurs de rugby et même de football (courses pédestres, haltérophilie, water-polo, lutte, etc.) et sont pratiqués par les rares clubs disposant de structures adéquates. On remarque également que beaucoup de jeunes sportifs sont polyvalents : footballeurs l'hiver et cyclistes à la belle saison, mais dans ce cas il est difficile pour les clubs affiliés de gérer l'appartenance à des fédérations qui n'ont pas la même conception du sport. Donc si la multifonctionnalité favorise la diffusion par le parrainage et l'intégration de petits notables, la pluridisciplinarité aide à l'enracinement. Mais cela ne peut jouer que pour les clubs qui ont une assise démographique, un encadrement, des soutiens, et savent se prémunir contre les dissidences.

Conclusion : le bilan en 1914.

En résumé, le football varois présente un certain nombre de caractéristiques à la veille de la guerre. La tripartition met en évidence l'inégalité de la diffusion et du dynamisme entre les trois arrondissements. La présence d'angles morts sans traces de pratique du football concerne surtout le nord-ouest ( de Rians à Aups) et le nord-est (du pays de Fayence à Comps) où les causes sont d'ordre physique (enclavement), démographique, et socioculturel (résistance des jeux traditionnels). Un autre fait majeur est la faiblesse du football affinitaire (catholique, corporatiste d'initiative patronale, socialiste) et l'inexistence du sport identitaire.

Peut-on déjà parler de popularisation de ce sport ? Oui, si l’on se base sur le nombre de clubs créés de 1904 à 1914 et pratiquant le football : 71 clubs civils répartis dans 37 communes (28% du total) qui regroupent environ 70% de la population départementale. 25 de ces communes ont une gare. Il faut ajouter 65 clubs militaires créés de 1906 à 1914. Si l'homogénéisation spatiale n'est pas encore réalisée (elle ne le sera pas encore en 1939), on peut affirmer que le football est pratiqué, quoique inégalement, dans toutes les couches de la société. Est-ce que la hiérarchie des clubs reflète la hiérarchie urbaine ? Très imparfaitement. Aucun club toulonnais ou seynois ne peut rivaliser avec le SC Cogolin qui s'est frotté aux meilleures équipes des Alpes-Maritimes, en remarquant toutefois que l'équipe première de cette modeste bourgade a intégré des joueurs de Saint-Tropez, profitant du fait que la formation et la stabilité du FC tropézien ont été semées d'embûches. Devenue courante aujourd'hui, l'intégration de plusieurs communes dans un même club a été rarissime avant 1914 (et avant 1939) : un seul exemple avec la fusion éphémère du FC pugétois et du Muy-sports. Le club sportif varois, comme toutes les autres associations du moment (cercles, chambrées, sociétés de secours mutuel, coopératives agricoles, etc.), a une assise communale.

La hiérarchie des clubs permet de distinguer trois niveaux de pratique. Au niveau supérieur, les meilleures années, il y a eu, tout au plus, une quinzaine de clubs civils évoluant dans les diverses séries des deux comités USFSA. En 1909-1910, le championnat du Littoral aligne 23 équipes représentant 8 clubs dans les 4 séries. Aucune n'est varoise et il faut attendre la veille de la guerre pour voir un club varois (Hyères FC) concourir en première série. La même saison, le comité de Côte d'Azur regroupe 28 équipes dans les 3 séries. Cogolin et Saint-Raphaël (1ère série) n'ont pas d'équipe réserve engagée dans les séries inférieures. A ces deux clubs, il faut ajouter le SC dracénois (2ème série) et le FC pugétois (3ème série). L'ES fréjussienne a disparu et le SU dracénois ne semble pas avoir été engagé bien qu'il subsiste.

Le deuxième niveau comprend des clubs officialisés conformément à la loi de juillet 1901 mais qui n'ont pas demandé ou obtenu l'affiliation à l'USFSA. Certains patronages catholiques sont affiliés à la Fédération gymnique et sportive des patronages de France (FGSPF) : deux à Toulon, un à Six-Fours et le dernier à Bandol. On en aperçoit quelques autres à la lecture de la presse cléricale ou conservatrice. Mais le football catholique varois est discret et il n'y a pas de championnat régional organisé. Dans cette catégorie, il y a quelques clubs scolaires (ceux des écoles primaires supérieures par exemple) qui, contrairement à l'US du lycée de Toulon et au SU dracénois, se contentent de matchs amicaux contre les clubs civils du même ordre et des mêmes tranches d'âge, les équipes réserves des clubs affiliés et les sociétés maritimes et régimentaires.

Au niveau inférieur se situe la cohorte des clubs éphémères qui n'apparaissent sur aucun document officiel (Journal officiel et Recueil des actes administratifs de la préfecture du Var). Ils sont les plus nombreux et relèvent de la sociabilité informelle. On les voit dans la presse généraliste quotidienne et même la presse sportive qu'ils utilisent pour demander des matchs. Ils sont fondés par des jeunes de 13 à 18 ans qui sont déjà dans la vie active et qui sont peu encadrés. Ils portent un nom et ont un point d'ancrage (un café en général). Nombreux à Toulon et présents dans des villages, voire de simples hameaux (Aire-Belle, Saint-Pons les Mûres, etc.), ils associent parfois le football et le cyclisme. Leur ambition est de participer aux concours sportifs des fêtes locales et de rencontrer les équipes réserves des clubs plus confirmés.

En 1914, la géographie du football varois est déjà fixée dans ses grandes lignes. Il en est de même de la hiérarchie des clubs et de la répartition géographique du football et du rugby.

Jean-Claude Gaugain

Télécharger ce dossier en PDF
Envoyer l'article à un ami
Télécharger ce dossier en PDF Télécharger ce dossier en PDF Télécharger ce dossier en PDF
Les mutins de Knysna Les mutins de Knysna
La gr?ve des joueurs de l??quipe de France de football ? Knysna en Afrique du Sud
L'internationalisation du recrutement des footballeurs professionnels L'internationalisation du recrutement des footballeurs professionnels
L?Ile-de-France, application locale...
Les migrations des footballeurs d'Outre-Mer Les migrations des footballeurs d'Outre-Mer
Les footballeurs d?Outre-Mer ? destination de la M?tropole
Union Sportive Municipale de Malakoff Union Sportive Municipale de Malakoff
Au bonheur de la Banlieue
Le Football dans le bassin minier de Gardanne Le Football dans le bassin minier de Gardanne
Quand les gueules noirs jouent au soleil
Le Bayern de Munich Le Bayern de Munich
L' histoire allemande d?un grand d?Europe
Une nouvelle traite ? Une nouvelle traite ?
Migrations et commerce de footballeurs africains : aspects historiques, g?ographiques et culturels.
Identit?s multiples Identit?s multiples
La Corse et l?Alg?rie au miroir du football
Venus d'ailleurs Venus d'ailleurs
Les meilleurs joueurs du onze de France sont d'origine ?trang?re.
Le football en soutane Le football en soutane
Le si?ge de la FIFA devrait-il ?tre transf?r? au Vatican?
Un colloque sur l'histoire de la Coupe du monde Un colloque sur l'histoire de la Coupe du monde
Metz juin 2006 : 18 Coupes du monde, 20 historiens et un seul ballon?
Le football ? la campagne Le football ? la campagne
Football amateur et appartenance locale
Le football ouvrier en r?gion parisienne Le football ouvrier en r?gion parisienne
Football, propagande et militantisme politique ou syndical au niveau local
Vichy et le football Vichy et le football
Les rapports conflictuels entre le football et l'id?ologie sportive du r?gime de Vichy
Le football colonial Le football colonial
Le football et ses enjeux dans l'Alg?rie fran?aise
Paris-Saint-Germain Paris-Saint-Germain
Le Paris-Saint-Germain dans le football fran?ais et europ?en
Les matchs France-Italie Les matchs France-Italie
Quand la France affronte sa "soeur latine"...
Les messagers du football Les messagers du football
L'histoire du football en timbre poste
Les footballeurs alg?riens en France Les footballeurs alg?riens en France
Les terrains de football, symboles des questionnements identitaires ?
Le calcio de Mussolini ? Berlusconi? Le calcio de Mussolini ? Berlusconi?
Sport num?ro 1 en Italie, le calcio est devenu une arme politique et ?conomique.

Videotheque - Quizz - Presse - Boutique - Association - Les fondateurs  - La rédactionContact - Partenaires


© 2005 - 2014 Wearefootball.org - Tous droits reservés  - Prezcreation