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L'internationalisation du recrutement des footballeurs professionnels

L’Ile-de-France, une application locale de l’internationalisation du recrutement des footballeurs professionnels

 

Introduction

La Mondialisation économique a fait émerger depuis plusieurs années des espaces géographiques qui malgré leur éloignement reposent sur des fonctions et des interconnexions révélées par de nombreux chercheurs. Selon le processus de la division internationale du travail (D.I.T) qui conduit à une spécialisation des pays dans un type de production (AYDALOT), on distingue des « espaces de consommation » et des « espaces de production-transformation » dissociés. Ce cadre d’analyse est régulièrement utilisé par les économistes et les géographes qui peuvent étudier par exemple l’évolution d’un produit entre son espace d’extraction-transformation (Afrique, Amérique du Sud…) et son espace de vente-consommation (Europe, Amérique du Nord…). Le marché international des clubs professionnels de football n’échappe pas à ce « modèle » et permet d’échanger-transférer des « joueurs-produits » entre les différents espaces de production et de consommation. Les footballeurs âgés entre 14 et 18 ans seraient alors analysés comme des produits qui prendraient de la valeur entre les espaces (cf. carte n° 1) où ils ont été recrutés et formés (dans les centres formation français par exemple) et les espaces où ils évoluent comme des joueurs confirmés au sein des clubs professionnels européens.

Carte n° 1 : Les joueurs recrutés dans le monde par les centres de formation du football français entre 2000 et 2004

L?Ile-de-France, application locale de l?internationalisation du recrutement des footballeurs professionnels

 L’objectif de l’article est de mettre en évidence que si certains espaces du monde (Afrique et Amérique du Sud) sont reconnus et analysés pour être des espaces de production-recrutement pour les clubs européens (POLI, RAVENEL ; 2007), seule une approche sportive et socio-démographique permet de comprendre avec acuité la spécificité de la région parisienne comme un espace de production-recrutement dans le marché international des footballeurs. Cette approche repose sur le principe que les joueurs parisiens présents dans les structures formatrices françaises résultent de stratégies volontaires déployées par les clubs (PIRAUDEAU ; 2008) et de caractéristiques associées à la population de cet espace géographique. Ainsi, dans quelles mesures la région parisienne s’inscrit-elle comme un espace de recrutement à « fort potentiel » dans un marché international des footballeurs professionnels ?

Dans cette perspective et afin de mesurer la part des joueurs recrutés en Ile-de-France (cf. carte n° 2) dans les centres de formation de l’Hexagone, il est important de comprendre l’ensemble des raisons qui poussent les clubs à inscrire leur stratégie de développement sur l’espace parisien.

Carte n° 2 : Les joueurs recrutés en Ile-de-France par les centres de formation français entre 2000 et 2004

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Pour enrichir notre propos, nous étudierons les joueurs recrutés en région parisienne évoluant dans les centres de formation français entre 2000 et 2004. Les spécificités de la région parisienne fait de cet espace une application locale de l’internationalisation des footballeurs. Les données transmises par la Ligue de Football Professionnel concernent la présence des joueurs parisiens recrutés par les 32 centres de formation français entre 2000 et 2004 .

1. Nombre et origine des joueurs recrutés en région Ile-de-France

 En valeur absolue sur les saisons de 2000 à 2004, le nombre de joueurs recrutés par les centres de formation français évoluant en région parisienne était de 178, soit 21,8 % du total des joueurs recrutés en France. 29 centres sur 32 ont recruté des joueurs parisiens durant cette période analysée. Sur un total de 32 centres, les footballeurs parisiens représentaient en moyenne 23,4 % des effectifs. L’espace parisien est ainsi le premier espace régional français émetteur de footballeurs. De 2000 à 2004, les régions Ile-de-France (178 joueurs), Provence-Alpes-Côte-d’Azur (82 joueurs), Bretagne (57 joueurs) garantissaient à elles seules, 38,4 % du nombre total des joueurs français sous contrat dans les centres de formation de l’Hexagone.

Au regard d’une division internationale du travail qui se développe progressivement dans le football, nous verrons dans un second temps de notre analyse, pourquoi la région parisienne est une spécificité nationale dans la production de footballeurs. Si les structures formatrices françaises effectuent de nombreux recrutements en dehors des frontières (Afrique, Amérique du Sud, Europe de l’Est…), le rapport entre la qualité et le prix des jeunes joueurs recrutés en Ile-de-France présentent encore des aspects favorables pour les dirigeants des clubs français. Selon le processus de la D.I.T, la théorie de l’avantage comparatif appliqué au marché de jeunes joueurs fait émerger des espaces dans le monde qui se spécialisent dans la production de footballeurs. La majorité des clubs français ont intégré dans leur stratégie sportive du recrutement, cette notion d’avantage comparatif qui leur permet de dégager des bénéfices sur la formation réalisée et la revente des joueurs préalablement recrutés. Dans un système mondialisé, la région parisienne est donc un espace français très attractif pour les clubs entre 2000 et 2004. Les dirigeants des clubs développent ainsi plusieurs types de stratégies qui leur permettent d’observer et éventuellement sélectionner les meilleurs jeunes évoluant en Ile-de-France.

2. L’espace de production parisien intégré dans les stratégies sportives du recrutement des clubs

La stratégie partenariale du recrutement menée en Ile-de-France s’inscrit comme l’une des stratégies sportives les plus utilisées par les clubs français. L’objectif reste le même pour tous les dirigeants, à savoir « contrôler » un espace et attirer les meilleurs jeunes franciliens évoluant sur cet espace au sein de leur structure formatrice. A titre d’exemple, le club auxerrois s’est associé avec le club amateur de Tremblay-en-France. Le coordinateur du recrutement auxerrois évoque sa présence et son intérêt aux jeunes joueurs d’Ile-de-France : « Je ne débarque pas dans ce club avec des objectifs précis. Si on repère un garçon prometteur, on le suit. Des émissaires vont le voir lors d’autres rencontres. S’il est vraiment doué, on le convoque pour qu’il fasse un petit stage à Auxerre. Ensuite, il intégrera peut être notre centre de formation » (Le Parisien ; 10 juin 2004). Comme le club auxerrois, une vingtaine de clubs français ont signé des conventions entre 2000 et 2007 avec un ou plusieurs clubs amateurs parisiens. A cette politique partenariale, il faut aussi ajouter la politique de prospection spatiale très active sur l’Ile-de-France.
Les dirigeants des clubs français financent des recruteurs qui prospectent des zones parisiennes très précises. Chaque recruteur parcourt cet espace géographique selon les réseaux de relations et les moyens financiers et matériels mis à sa disposition par son club. Tous les recruteurs ont leur propre zone de recrutement en Ile-de-France. Ces zones sont souvent d’ordres confidentielles. En 2005, le club du Paris Saint-Germain disposait de quatre recruteurs couvrant les zones respectives : les départements du 78-95, 91-92, 93-94 et le 77 . Les recruteurs de plusieurs clubs français courtisent parfois les mêmes espaces. Dès lors, les moyens financiers des clubs sont souvent un facteur qui permet de garantir et d’officialiser la signature d’un jeune footballeur prometteur. Il faut ajouter qu’il existe de nombreux terrains vagues en région parisienne où de nombreux joueurs souvent d’origine étrangère évoluent afin d’être remarqués par des observateurs de clubs. Les recruteurs sont alors orientés par des éducateurs sportifs, des agents, des membres de famille ou bien encore par des personnes sans scrupules attirés par des retombées financières parfois conséquentes. Enfin, les clubs français constatent la progression de recruteurs européens surnommés « les scouts » exerçant leur activité pour des clubs professionnels étrangers principalement allemands, anglais, espagnols et italiens. En avril 2004, un recruteur du club professionnel italien de l’Inter de Milan observe un match entre les équipes parisiennes des 15 ans du Blanc Mesnil et du Red Star. Quelques jours plus tard, un jeune footballeur du nom de Babiany évoluant dans l’équipe du Blanc Mesnil recevra un courrier du club italien. Cinq mois après, le joueur, après un stage en Italie sera intégré dans le centre de formation Intériste.
En analysant de plus près l’importance du nombre de joueurs recrutés en Ile-de-France par les structures formatrices françaises, on relève cependant que les différentes stratégies volontaires déployées par les clubs n’expliquent pas toutes les prédispositions de cet espace observé et que des raisons économiques, politiques, sportives et socio-démographiques doivent aussi être rassemblées, organisées puis examinées.

3. Des raisons économiques aux raisons sportives et socio-démographiques

Les raisons « diastance-temps-économie »

La distribution spatiale des joueurs recrutés en Ile-de-France s’observe en fonction de la localisation des centres de formation français. Elle est loin d’être homogène. Toutefois, nous constatons que plus la structure est située à proximité de la région parisienne, plus elle dispose d’un taux important de joueurs parisiens. Les centres de formation localisés dans la première aire du recrutement (Amiens, Auxerre, Le Havre, Paris Saint-Germain, Sedan, Troyes… cf. carte n° 3) recensent dans leurs effectifs un taux de joueurs parisiens compris entre 31 et 77 %. Les centres de formations localisés dans la seconde aire du recrutement (Châteauroux, Laval, Nantes, Niort, Rennes, Sochaux, Strasbourg…) comptent un taux moindre de joueurs parisiens dans leurs effectifs compris entre 16 et 30 %.

Carte n° 3 : Les joueurs recrutés en Ile-de-France par les centres de formation entre 2000 et 2004

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Toutefois, il faut nuancer notre propos car on constate aussi des exceptions comme Bordeaux, Bastia, Guingamp et Monaco qui malgré leur localisation géographique, en dehors de la seconde aire du recrutement, recensent un taux de joueurs parisiens au dessus de la moyenne des clubs de l’Hexagone. Les politiques sportives développées par ces clubs sur l’espace parisien expliquent un taux de joueurs recrutés sur l’Ile-de-France plus élevé que la moyenne nationale. Ce résultat nous amène à dire que la région parisienne serait un espace qui exerce une plus ou moins forte attraction sur les clubs selon leur localisation géographique. « L’attraction se mesure selon trois paramètres, sa portée spatiale (mesurée par une distance géographique entre les centres et l’espace parisien), sa nature (les hommes-les footballeurs franciliens étudiés) et son rythme temporel lié à la qualité et à la nature de ce qui attire (rareté des joueurs) » (MORICONI-EBRARD ; 2003).

En croisant deux informations, à savoir la distance géographique qui sépare la structure formatrice à l’espace parisien et le nombre de joueurs recrutés en région parisienne par chaque centre de formation, nous allons observer si la portée spatiale de l’espace parisien est vérifiable dans le cadre de notre analyse (cf. graphique n° 1).


Graphique n° 1 : Le nombre de joueurs recrutés en Ile-de-France entre 2000 et 2004 selon la distance géographique (en km) séparant les centres de formation français à la ville de Paris

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Selon les résultats observables sur le graphique n° 1, l’attraction spatiale de la région parisienne sur les centres de formation se confirme selon la proximité géographique des structures. Plus les centres sont localisés à proximité de Paris, plus les structures recrutent de joueurs franciliens. On recense en moyenne 6 joueurs recrutés sur une distance moyenne de 408 km concernant les 29 centres recruteurs. A l’exception du Paris Saint-Germain, le recrutement réalisé par les centres d’Auxerre, Le Havre, Laval, Metz, Nantes, Troyes… témoigne de l’attraction parisienne et donc de l’économie d’échelle réalisée par les clubs lors des recrutements. « Il y a dix ans, quand je suis arrivé au club, il n’y avait aucun joueur de la région parisienne dans le centre. Cette saison, nous en avons plusieurs. Le Mans n’est qu’à une heure de TGV de la capitale, c’est souvent plus rapide d’y aller, que de se rendre en banlieue du Mans pour les entraînements » explique le responsable du centre manceau (Le Parisien ; 15 février 2005). Les moyens de transport (routiers, autoroutiers, ferroviaires et aéroportuaires) ont favorisé le recrutement des clubs sur cet espace. « Nous sommes à 2 heures de Paris par avion, les jeunes peuvent donc retourner régulièrement chez eux, ils ne se sentent pas déracinés de leur famille » précise le coordinateur du recrutement montpelliérain.
La portée spatiale de la région parisienne vérifiée, montre la nécessité d’analyser les autres facteurs. Les raisons sportives et socio-démographiques de l’espace parisien doivent être aussi prises en compte afin d’expliquer l’attraction de la région parisienne et donc la place des joueurs franciliens au sein des centres de formation français en 2004.

 Les facteurs purement sportifs

Plusieurs raisons sportives expliquent aussi l’intérêt des clubs français pour cet espace géographique. Tout d’abord, on recense en région parisienne deux clubs professionnels de football (Paris Saint-Germain et Créteil) dont le dernier citer ne dispose pas de centre de formation. Il n’y a donc pas contrairement aux autres grandes capitales européennes (Londres, Madrid, Rome…) plusieurs grands clubs capables d’assurer un débouché pour les joueurs. A titre d’exemple, l’agglomération londonienne recense en 2008 sept clubs professionnels sur son espace. A titre de comparaison avec les clubs londoniens, on constate dès lors une absence de concurrence entre les clubs professionnels parisiens.
Ensuite, la présence de l’Institut National du Football (I.N.F) localisé à Clairefontaine-en-Yvelines jouit d’une réputation internationale pour ses méthodes de préformation et attire donc les convoitises des clubs français mais aussi des clubs européens pour les jeunes joueurs prédisposés au football de haut niveau. Cette structure fédérale de préformation joue un rôle de filtre et sélectionne par voie de concours annuel, une vingtaine de joueurs âgés entre 11 et 12 ans principalement originaires de la région parisienne. La reconnaissance de cette institution attire chaque année des milliers de jeunes franciliens qui viennent tenter leur chance. Les jeunes joueurs et leur famille résidant en Ile-de-France ont conscience que cette structure fédérale peut être un véritable tremplin vers le professionnalisme proposé par les centres de formation français et européens.
Aux raisons « sportives », il faut ajouter que de nombreux clubs amateurs parisiens reçoivent des aides financières de leur commune . Certains clubs offrent les chaussures et l’équipement aux jeunes les plus défavorisés. Le football est ainsi l’un des sports les plus pratiqués par les jeunes garçons de familles immigrées résidant en Ile-de-France. C’est un sport qui demande peu d’investissement au départ. La pratique footballistique est un vecteur d’intégration et d’émancipation sociale pour de nombreux jeunes issus des familles immigrées résidant en Ile-de-France, certainement parce que le football est un sport capable de rassembler massivement les jeunes des quartiers .
Enfin, de nombreux dirigeants de centres de formation français reconnaissent que le niveau sportif, la motivation et les qualités techniques et physiques des jeunes footballeurs évoluant dans les clubs amateurs de la région parisienne sont au dessus de la moyenne nationale. « En banlieue parisienne, on trouve une quantité impressionnante de très bons jeunes joueurs qui s’aguerrissent dans les championnats régionaux dont le niveau n’a pas d’équivalent en France » (Aujourd’hui en France ; 17 février 2005) souligne un dirigeant de club français.
Aux raisons purement sportives, viennent s’ajouter des raisons socio-démographiques, répondant ainsi à des caractéristiques de profils de joueurs recherchés actuellement par les dirigeants des clubs français. L’existence d’opportunités de joueurs répondant à un profil idéal pour les clubs est donc posée. Tout se passe comme si la majorité des dirigeants avaient défini un modèle de footballeur à recruter. Les joueurs d’origine Africaine et Sud-Américaine sont depuis plusieurs années très courtisés par les recruteurs des centres de formation français et euroépens. N’est-ce pas l’entraîneur et le formateur le plus médiatique de France, Guy Roux, qui souligne que « les Africains comme leurs cousins Brésiliens ou Antillais, sont très à l’aise la balle aux pieds ? Ils possèdent une grande richesse naturelle. Ils sont doués et ont envie de le prouver » (ROUX, 2006, p. 172). Ils représentent un gage de réussite et répondent à des critères de sélection extrêmement pointus fixés par les différents responsables du recrutement. Les qualités d’endurance, de vitesse et de technicité sont très recherchées. « Lors des détections, les petits sont souvent laissés de côté, quelque soit leur talent. On préfère dans notre « football de rendement », choisir les plus costauds, les plus développés […] C’est ainsi, que de plus en plus les centres de formation engagent des joueurs de couleur, les « présumés » comme on les appelle en région parisienne » (RETHACKER et TOURNIER ; 1999, p. 47). La démarche de rechercher un « profil-type » de joueur amène les dirigeants à délimiter des espaces géographiques dans leur stratégie, et ils placent ainsi la région parisienne comme un zone de production propice à la découverte du « profil idéal » de joueur à recruter.

La population footballistique francilienne cible des recruteurs des clubs français et européens

La distribution spatiale des licenciés évoluant dans les clubs amateurs parisiens n’est pas homogène sur la région francilienne (cf. carte n° 4). La forte concentration de jeunes licenciés sur cet espace s’observe entre autre par la présence importante de clubs amateurs disposant de plus de 500 joueurs âgés de moins de 15 ans, ce qui représente 43 % du total de clubs amateurs de plus de 500 licenciés en France. « Sur plus de 700 licenciés qui évoluent dans notre club, les ¾ ont moins de 15 ans, il est facile de comprendre l’intérêt que peuvent porter certains clubs professionnels à notre égard » (Le Parisien ; 15 février 2005) souligne un dirigeant d’un club amateur localisé en Seine-Saint-Denis. A cela, il faut ajouter de nombreux clubs amateurs recensant entre 200 et 500 licenciés âgés de moins de 15 ans. Aux fortes concentrations de jeunes joueurs , la population francilienne présente des caractéristiques attractives selon le « profil type de joueur » défini et recherché par les clubs.

Carte N°4 : Nombre de licenciés par club amateur et populations étrangères présentes dans les communes d’Ile-de-France où sont localisés les clubs amateurs en 1999 

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D’autre part, « l’Ile-de-France rassemble les 2/5e de la population immigrée présente en France » (NOIN ; 2001, p. 166). « L’Ile-de-France est une région d’immigration qui est alimentée par des apports de plus en plus lointains » (BOYER ; 2005, p. 142), ce qui renforce le caractère pluriethnique de sa population. On recense de nombreux jeunes joueurs immigrés originaires d’Europe, du Maghreb, d’Asie et d’Afrique subsaharienne. La population immigrée est inégalement répartie en région parisienne. Le Nord de Paris, la Seine-Saint-Denis, le Nord des Hauts-de-Seine, le Sud-Est du Val d’Oise et l’Ouest des Yvelines concentrent une part d’étrangers supérieure à la moyenne parisienne (entre 12 et 35 % d’immigrés dans les communes de ces zones parisiennes : cf. carte n° 4). Certaines communes franciliennes (Bobigny, Corbeil-Essonnes, Créteil, Grigny, Les Mureaux, Mantes-la-Jolie, Nanterre, Trappes…) présentent une moyenne de 16 à 33 % d’étrangers au sein de leur population recensée en 1999. A un degré moindre, les communes d’Evry, Melun, Pontoise et Versailles ont entre 12 et 16 %. Le visage pluriethnique de la région Ile-de-France correspond donc aux attentes du « profil-idéal » recherché par les recruteurs des centres de formation français.Les recrutements des joueurs en Ile-de-France révèlent ainsi des chaînes de valeur ajoutée entre l’espace de production-recrutement et les espaces de consommation.

4. La prise en compte des trajectoires individuelles et professionnelles des jeunes footballeurs recrutés en Ile-de-France

Tous les joueurs recrutés en Ile-de-France ont évidemment leur propre trajectoire individuelle et sportive. Si tous les parcours convergent vers l’un des centres de formation de l’Hexagone entre 2000 et 2004, les arrivées dans les structures formatrices sont plus ou moins rapides. Dans la majorité des cas, les jeunes joueurs ont évolué dans un, deux voire plusieurs clubs amateurs parisiens ou de l’Hexagone avant d’intégrer un centre. A titre d’exemple, l’international français Hatem Ben Arfa a évolué successivement dans les clubs amateurs de Châtenay-Malabry, Boulogne-Billancourt puis l’INF de Clairefontaine-en-Yvelines avant d’être recruté à l’âge de 15 ans par le centre de formation de l’Olympique lyonnais. Pour une minorité d’autres jeunes joueurs, ils peuvent migrer d’un club amateur d’Outre-Mer ou d’un pays étranger avant de rejoindre un club amateur francilien puis un centre de formation français. Les internationaux français Thierry Henry, William Gallas et Nicolas Anelka sont nés respectivement aux Ulis, à Asnières-sur-Seine et à Versailles puis ont évolué respectivement dans les clubs amateurs franciliens des Ulis, Palaiseau, Viry-Châtillon et I.N.F de Clairefontaine-en-Yvelines, Versailles (pour Thierry Henry) Villeneuve-la-garenne (pour William Gallas) Trappes en Yvelines et l’I.N.F de Clairefontaine-en-Yvelines (pour Nicolas Anelka) avant d’être recrutés respectivement par les centres de formation de Monaco, Caen et Paris Saint-Germain. Enfin, le dernier exemple est plus exceptionnel mais doit être souligné. Des centres de formation disposent dans leurs effectifs de joueurs de nationalité française ou étrangère qui ont été recrutés en région parisienne sans avoir évolué dans une structure agréée par la Fédération Française de Football. Leur nombre est certainement faible mais reste à quantifier. Pour de nombreux jeunes joueurs étrangers, principalement africains, les terrains vagues de la région parisienne s’apparentent comme des « espaces tremplins » afin d’être observés, abordés et peut-être recrutés par les nombreux dirigeants des clubs français et de plus en plus européens. Peu importe la zone du recrutement en Ile-de-France, la plus-value que les clubs peuvent obtenir sur un jeune joueur aux qualités vérifiées attire toutes les convoitises. La région parisienne est donc source de conflits et d’enjeux économiques et spatiaux. Ainsi, le club lyonnais a déboursé entre 600 000 et 900 000 euros pour s’attacher les services d’un jeune parisien du nom de Ben Arfa qui avait été détecté par deux autres clubs professionnels français. « Sur ce vaste terrain de chasse que constitue l’Ile-de-France, il arrive fréquemment de voir les clubs se livrer de farouches batailles » (Le Parisien ; 15 février 2005). Les exemples de concurrences pour le recrutement d’un jeune joueur évoluant en région Ile-de-France sont nombreux entre les clubs français mais les bénéfices sont parfois très importants. Comme le précise Raffaele Poli (2007) « les différents intermédiaires dans les réseaux de transfert des joueurs ont mis en place des chaînes de valeur ajoutée, augmentant la valeur d’échange des footballeurs dans le mouvement ». Si le club lyonnais a déboursé des milliers d’euros pour recruter le jeune Ben Arfa, le club lyonnais l’a ensuite formé et proposé un contrat professionnel avant de le revendre à l’Olympique de Marseille pour un peu plus de 10 millions d’euros. Dès lors, les jeunes joueurs recrutés par les centres de formation français dans une zone de production locale, en l’occurrence la région parisienne, permet de dégager des plus-values conséquentes pour les clubs professionnels qui les revendent ensuite à d’autres clubs professionnels français ou européens. Leur stratégie sportive mais aussi spatiale sur cet espace de la France en sort ainsi confortée.


Conclusion

Afin de mieux appréhender la géographie de la division internationale du travail qui fait émerger des espaces de production et des espaces de consommation, il convient d’analyser chaque espace et d’en extraire ses spécificités spatiales. Dans le cadre de notre analyse footballistique, nous avons tenu à dynamiser ce processus de la DIT en prenant principalement en compte l’attraction des espaces de production selon trois facteurs référentiels, à savoir la portée spatiale, la nature et le rythme temporel. L’espace parisien est un parfait exemple d’espace de production locale qui attire les clubs français et européens. Si la distance géographique de la région parisienne a son influence sur le recrutement des centres, la nature (=le profil) des joueurs franciliens et la rareté en France de ce type d’espace attire ainsi toutes les convoitises.
Dans ce contexte et cette perspective, l’existence de l’attraction de l’espace parisien pour les clubs est donc le résultat de stratégies volontaires liées à des opportunités et des considérations économiques, géographiques, politiques, sportives et socio-démographiques. Au regard des plus-values toujours plus importantes réalisées sur le recrutement, la formation et la revente d’un jeune joueur, l’ensemble des spécificités de la région parisienne se présente comme une somme d’opportunités pour les clubs professionnels français et se traduit dès lors comme une zone de production internationale séduisant de plus en plus ces dernières années les grands clubs européens du football.
A l’image des jeunes joueurs africains, le joueur évoluant en région parisienne s’inscrit comme un produit à forte valeur ajoutée. Les clubs ont intégré le temps de réactivité dans leur stratégie sportive. Plutôt le joueur sera recruté, formé et revendu, plus les clubs pourront en tirer des bénéfices qui leur permettront d’ajuster des moyens supplémentaires pour couvrir de nouvelles zones géographiques de production en France et/ou à l’étranger ou bien alors accroître leur présence au sein de l’espace productif parisien. Les joueurs recrutés en Ile-de-France prennent de la valeur « dans le mouvement » de leur trajectoire sportive. L’existence de l’espace productif parisien au sein du marché international de footballeurs nous fait dire que le processus de la division internationale a bien lieu dans le monde du football. On y distingue de nombreux espaces productifs et un espace de consommation européen régis par des clubs professionnels qui sont à la recherche de substantiels profits pour poursuivre leur quête de joueurs prometteurs et professionnels mais sont surtout engager dans la diffusion de leur marque dans l’espace international.

Bertrand Piraudeau, Docteur en Géographie-Aménagement du Territoire

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