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La Coupe d'Afrique des Nations vue d'Europe

La Coupe d'Afrique des Nations vue d'Europe

La Coupe d’Afrique des Nations vue d’Europe


La Coupe d’Afrique des Nations, lancée en 1957,s’installe progressivement parmi les événements médiatiques majeurs dans le calendrier du football mondial. Le regard de la presse européenne en dit long sur les relations singulières entretenues avec les anciennes colonies et sur l’identité plurielle des joueurs.

Observer de près l’histoire médiatique de la CAN (Coupe d’Afrique des Nations), c’est placer la France comme le principal pays de la médiatisation du tournoi phare en Afrique. Ce sont les journalistes de France Football, qui au nom du dessein universel du quotidien, s’intéressent à la compétition. Dès les premières années, France Football devient l’incontournable tribune de l’actualité footballistique africaine. Les lancements d’une chronique consacrée à l’Afrique noire (1965) et au ballon d’or africain (1971) ne font que renforcer la position de l’hebdomadaire. Sous la plume d’une figure historique, Jacques Ferran, la France du football découvre le football du continent noir. De nombreux reportages permettent d’avoir une idée sur les équipes. Lors de l’édition de 1965, on y découvre que les Ghanéens, vainqueurs de l’édition précédente, se sont préparés au Brésil, les Sénégalais affrontèrent une équipe brésilienne pour parfaire leur technique, les Ivoiriens décidèrent d’opter pour une préparation méticuleuse. A côté des reportages, des éditoriaux rappellent le contexte historique de la vision du colonisateur, peu enclin à prendre la mesure de la marche de la décolonisation. Le tournoi devient l’occasion pour le quotidien d’affirmer la responsabilité des Européens, en particulier de la France, de mener le développement du football africain. Les discours paternalistes apparaissent également dans les analyses de la fin de la compétition. Un véritable bilan met en lumière les progrès et retards à la fois des équipes et du continent africain en général. D’un point de vue footballistique, plusieurs caractéristiques sont d’une façon récurrente pointées : l’absence de jeu collectif, les carences de l’organisation et l’instrumentalisation politique du football. Un vent de changement s’installe durant les années 1990. Une nouvelle génération transforme les vues portées sur la compétition et sur le football africain dans sa globalité. L’attitude condescendante, sans être complètement effacée, s’efface peu à peu. Un travail de terrain et une meilleure connaissance des disparités des pays permettent des analyses plus nuancées sur l’état du football africain. En revanche la presse télévisée depuis les premières années de retransmission des rencontres maintient des images caricaturales et des commentaires racialistes. La compétition devient la démonstration d’une Afrique de la sorcellerie, de la danse, des joueurs qui placent le spectacle avant le résultat, d’arbitres peu rigoureux.

Le poids de l’Angleterre dans la diffusion du football en Afrique pouvait raisonnablement laisser penser à un intérêt pour la CAN. Mais, au-delà des résultats, la presse anglaise en général reste relativement discrète. Il faut attendre la fin des années 1990 pour voir dans les colonnes du Guardian,de l’Independent ou du Times des articles traitant de la CAN. Les écrits sur le « trafic » des jeunes joueurs qui émigrent en Europe par des agents peu scrupuleux sont les sujets privilégiés. La retransmission télévisée des rencontres est un indicateur du faible intérêt porté par les directeurs des chaînes publiques ou privées. Seul British Eurosport suit les rencontres en diffusant de courts résumés. A titre comparatif, la première finale de la CAN diffusée a été vue (vers minuit) sur la chaîne française privée TFI, en 1992 lors d’un mémorable Côte d’Ivoire-Ghana. Le nombre de plus en plus croissant des joueurs africains dans la Premier League modifie, le regard des Britanniques ; l’accent est mis sur la condition de « role model» des joueurs. Une préoccupation qui s’insère parfaitement dans la résonance sociale du football en Angleterre.

La CAN fait apparaître un deuxième fait important dans l’évolution du football mondial : la migration des footballeurs africains et le réveil d’un sentiment identitaire. La Coupe d’Afrique des Nations se désafricanise. Les joueurs qui évoluent en équipe nationale vivent et jouent en majorité loin de leur pays d’origine. Le constat est d’autant plus net dans les compositions des équipes d’Afrique noire. La tendance d’une équipe africaine « d’expatriés » qui se dessine au milieu des années 1990 s’est accélérée dans les années 2000. Si l’on prend l’exemple de deux pays. La Côte d’Ivoire et le Ghana, importants pourvoyeurs de joueurs africains de grandes équipes européennes, le constat est édifiant. En 1968, parmi les 14 sélectionnés des deux pays, seul un expatrié était à noter, il s’agissait de l’Ivoirien Joseph Blezeri qui évoluait à Bastia. En 2008, chez les Ivoiriens, l’unique local est le gardien de l’Africa Sport d’Abidjan, Tiassé Koné, dans la liste des 23 appelés Ghanéens, il y a deux locaux, Harrison Afful (Ashanti Kotoko) et Kwado Asamoah (Liberty Professionnals). La France accueille une grande partie des immigrés sportifs. A la CAN 2008, la ligue 1 française fournit 43 joueurs sur un total de 368 sélectionnés. Ce contingent renforce des attitudes assez complexes de journalistes et de dirigeants de club. D’un côté s’étale une « fibre franchouillarde » qui se traduit par l’appellation d’« Africains de France » et par le rappel d’un savoir-faire français illustré par le nombre d’entraîneurs à la direction des équipes africaines. De l’autre côté, surgit l’hostilité des dirigeants, souvent agacés par le sentiment patriotique de certains footballeurs au moment de la CAN qui correspond à une période importante du championnat.

Parallèlement à l’exode des talents, une autre source de joueurs enrichit les équipes, ce sont les joueurs qui décident par un choix identitaire le pays d’origine de leur parent. Ici, on peut dire que les équipes se réafricanisent. Emerse Faé, Frédéric Kanouté, nés en France (l’un à Nantes et l’autre à Sainte-Foy-lès Lyon), sélectionnés en équipe de France de jeunes, rejoignent finalement l’équipe de Côte d’Ivoire et du Mali. Didier Drogba (Côte d’Ivoire) ou Marouane Chamakh (Maroc), qui soulignent régulièrement leur double appartenance, sont par leurs parcours individuels et leurs exploits sportifs des véritables relais culturels entre le passé et le présent de la France.

Ainsi, la CAN est une compétition forcément suivie en Europe tant elle renvoie aux liens de la France avec certains pays africains.

Claude Boli
Musée national du sport


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