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La coupe d'Europe 68-69

La coupe d'Europe 68-69

Née en 1955 sur l’initiative du français Gabriel Hanot, la coupe d’Europe des clubs champions s’est imposée, au fil des saisons, comme une compétition de première importance. Le succès fut tel que les dirigeants de l’Union Européenne de Football (U.E.F.A.) décidèrent, à partir de 1960, de mettre sur pied un autre tournoi, opposant les différents vainqueurs des coupes nationales. Comme tous les évènements sportifs majeurs, les coupes d’Europe devinrent rapidement un enjeu des relations internationales. Ainsi, l’édition 1968-1969 fut particulièrement perturbée par un incident politique : l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie.


Les rencontres des seizièmes finales, qui devaient avoir lieu en septembre 1968, furent désignées par tirage au sort deux mois plus tôt et opposaient des clubs occidentaux à des équipes du monde communiste : le Milan A.C. devait ainsi affronter les Hongrois du Ferencvaros ; les Stéphanois étaient opposés aux Polonais du Ruch Chorzow ; le Celtic Glasgow au Levski Sofia ; le F.C. Zurich au représentant de l’U.R.S.S., le Dynamo de Kiev.
Or, un mois avant le début de la compétition, l’Europe fut le théâtre d’un événement politique qui créa de sérieuses tensions entre l’Ouest et l’Est : le 21 août 1968, les troupes du Pacte de Varsovie envahissaient la Tchécoslovaquie, en réaction à ce « Printemps de Prague » qui menaçait la cohésion du camp socialiste.


L’intervention militaire suscita la réprobation du monde occidental et provoqua un regain de tensions entre les deux Blocs. Cette crispation politique eût des conséquences immédiates sur les compétitions de football : les champions italiens, écossais et suisses firent savoir, à la fin août, qu’ils refusaient de se rendre derrière le « Rideau de fer » pour y affronter leur adversaire respectif. L’UEFA se réunit alors en comité d’urgence et, pour sortir de l’impasse, proposa une solution provisoire, escomptant une résolution rapide de la crise diplomatique : deux tirages au sort seraient effectués, l’un concernant les 8 équipes du camp socialiste et l’autre, les 24 représentants qui devaient se rencontrer entre eux.

La solution de l’U.E.FA. fut refusée par les dirigeants de la fédération soviétique de football. Ils entendaient ainsi protester contre cette décision prise par un comité composé de cinq membres appartenant au monde occidental : outre les Suisses Wiederkehr et Bangerter, on comptait le Belge Crahay, l’Italien Franchi et le Gallois Prawer. Aussi décidèrent-ils que leur représentant, le Dynamo de Kiev, ne participerait pas à la compétition. S’alignant sur la ligne de Moscou, les représentants bulgares, est-allemands, hongrois et polonais déclarèrent à leur tour forfait. En revanche, les équipes tchèque, roumaine et yougoslave prenaient le « grand frère » soviétique à contre-pied : le Spartak de Trnava, le Steaua Bucarest et l’Etoile rouge de Belgrade acceptèrent le compromis de l’UEFA et s’engageaient dans la compétition.


Ces positions divergentes prises par les fédérations de football des différentes démocraties populaires sont bien sur à mettre en relation avec la situation politique au sein du monde communiste en août 1968. En effet, en boycottant la 14ème édition de la Coupe d’Europe des clubs champions, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne et la R.D.A., réaffirmaient leur soutien inconditionnel à la politique répressive menée par l’URSS. Leurs armées avaient d’ailleurs avait pris part à l’intervention militaire. A ce club des « Cinq » s’opposaient donc la Tchécoslovaquie, la Roumanie et la Yougoslavie. Pour ces trois nations, il s’agissait de respecter cette « solidarité triangulaire » développée entre elles à partir de janvier 1968 et qui n’était pas sans rappeler leur alliance au sein de la « Petite Entente » pendant l’Entre-deux-guerres. Le Roumain Ceaucescu avait refusé de participer à l’invasion de Prague, poursuivant ainsi la prudente émancipation politique et économique initiée dès 1961 par son prédécesseur Gheorgiu Dej. Cette indépendance vis-à-vis de Moscou, Tito l’obtenu dans l’immédiat second après-guerre. En effet, à partir de 1948, le président yougoslave avait engagé son pays dans la voie d’un communisme « national », marquant un coup d’arrêt à l’expansion soviétique en Europe de l’Est.

Sur les seize équipes prévues pour le premier tour, seul treize furent disputés : l’Etoile Rouge de Belgrade devant être opposée au champion de R.D.A. passa les seizièmes sans disputer la moindre rencontre. Il en fut de même pour le Benfica et le Milan A.C. au second tour, auquel 14 équipes seulement prenaient part. En revanche, cette défection d’une partie des pays de l’Est ne brouilla pas la hiérarchie sportive : à moins d’un exploit, aucun champion de l’Est n’était en mesure de battre le Milan A.C. des Rivera, Prati et autre Sormani, logique vainqueur d’une compétition ou l’étoile montante du football européen, l’Ajax d’Amsterdam de Johan Cruyjff.

 




Xavier Breuil
Université d’Orléans

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