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Le football au Qu?bec

Le football au Qu?bec

Le développement du soccer au Québec


L’histoire du soccer au Québec est d’abord fortement liée aux phases successives d’immigration. Le football association a été initié par les Anglais. La propagation du football, ainsi que bien d’autres sports d’ailleurs, s’est donc logiquement faite au Canada par les immigrants britanniques (travailleurs, marins…) comme elle l’a été pour le reste du monde. Jusqu’à aujourd’hui, les vagues successives d’immigration ont ensuite contribué au développement de ce sport resté longtemps marginal, avant que depuis une trentaine d’années, une phase d’appropriation fasse émerger un véritable soccer québécois devenu, à la fin du XXe siècle, le sport le plus pratiqué, devant le sport national le hockey.

L’histoire du soccer québécois a donc connu un développement inégal et irrégulier. Le contexte géographique et culturel de cette région a bien sûr rendu le développement de ce sport difficile L’immensité du territoire, la rigueur du climat, le rejet du colonialisme britannique, l’influence sportive déterminante des Etats-Unis, le désintérêt de la presse, le clivage entre immigrants et natifs ou encore l’évolution d’une société lente à s’ouvrir sur le monde ont constitué autant de freins au développement du ballon rond au Québec. Cette histoire peut être divisée en quatre phases qui sont autant d’âges du football québécois.

L’âge de la domination britannique (1865-1945)

Cette domination est le fruit de l’immigration massive de Britanniques au Canada en général et au Québec en particulier. Ce sont ainsi des Britanniques qui fondèrent, en 1865, le premier club de football québécois, le Montréal Football Club, affilié à la Montreal Amateur Athletic Association. Ce premier développement déboucha, en 1911, sur la création de la Province of Québec Football Association (PQFA) qui réunit la Montreal Football Association et de la Montreal and District, dont Craig Campbell est le premier président. Ainsi, le Québec devance le Canada anglophone puisque ce n’est que l’année suivante que la Dominion of Canada Football Association voit le jour, patronnée par le duc de Connaught, gouverneur général du Canada.
Les lendemains de la Première Guerre mondiale apporte une nouvelle vague d’immigration massive britannique, renforçant encore leur domination sur le football. Ce sont les travailleurs britanniques (venus en grande partie pour construire le chemin de fer traversant le Canada, le Canadien National) qui forment les équipes portant elles-mêmes leurs noms : Canadian Pacific Railway, Canadian National Railway (Grand Trunk), Sons of Scotland, Sons of England. Aussi, en 1924, la PQFA contrôle plus 60 clubs et 1380 joueurs, mais seulement 108 sont canadiens.

L’âge du soccer « ethnique » (1945-1970)

La seconde phase de développement du soccer au Québec est déterminante dans la mesure où ont alors été forgées des représentations inhérentes au soccer qui persistent encore aujourd’hui. Après la Seconde Guerre mondiale de nouvelles vagues d’immigrants issus d’Europe centrale et méridionale donnent au soccer son caractère « ethnique » et multiculturel. Le nationalisme grandissant du Canada mais aussi celui du Québec engage les « patriotes » québécois à se tourner davantage vers le hockey et le baseball. L’immigration massive fait perdre au soccer son caractère britannique et permet aussi d’augmenter le nombre de pratiquant De nouvelles ligues se créent, comme la National League (interprovinciale), l’Independant League et la Montreal League.
En 1951, la ligue montréalaise composée d’équipes anglophones (Montreal City League) et celle des immigrants européens (Eastern National League) fusionnent au sein de la Montreal and Dictrict Soccer League, réduisant ainsi le clivage entre les équipes et permettant de comparer leurs niveaux respectifs. Ainsi les succès de « l’Italia » permettra aux italiens de d’instaurer leur mainmise sur le football montréalais.
Dans les années soixante, de nouvelles ligues émergent, divisent le public, suivant ainsi l’une des caractéristiques de la culture sportive nord-américaine qui, à terme, constitue un frein puissant au développement du ballon rond. En effet, les ligues se font et se défont au gré des allers et venus des investisseurs. Cet esprit libéral qui conduit à l’éclatement des ligues est approuvé par la DCFA, la fédération canadienne, présidée par Pat F. Nolan. Au Québec, la PQFA cherche à limiter les divisions orientant son action vers les équipes seniors pendant que des précurseurs comme Bédard, Hubay ou Hylan s’intéressent davantage au football des jeunes et mettent sur pied l’Association de Soccer Mineur du Québec.
Cette seconde période est donc marquée par l’augmentation de la popularité du soccer, un succès qui est toutefois plus ethnique que véritablement québécois. La mise à l’écart du « sport des autres » est claire et est renforcée par des clivages interne. les anglophones, sous la houlette de John Cary, font sécession pour créer la Ligue Métropolitaine en prétendant fuir la « violence ethnique » de la ligue nationale. Ainsi, le renforcement de l’appartenance ethnique de nombreux clubs limite l’intégration de jeunes formés au Québec. Pourtant certains Québécois comme Bédard persévèrent et continuent de nourrir le football des jeunes.
Malgré tout, cet âge ethnique et multiculturel donne au soccer québécois son identité, notamment marqué par l’influence italienne grandissante. Si cette empreinte paraît le marginaliser, elle a aussi fourni la base social pour persister et s’épanouir lentement.

Le soccer francisé ou l’âge l’appropriation du ballon rond par les Québécois (1970-1990)

La troisième phase s’étend des années soixante dix à la fin des années quatre-vingts. Elle est marquée par la lente appropriation du soccer par les Québécois et par des instants de popularité qui restent éphémères mais contribuent néanmoins à faire connaître le sport et l’obligent à s’organiser, à créer des bases solides propices à son développement.
Le soccer se francise : en 1971 Georges Schwartz, un francophone, devient président de la FSFQ qui remplace la PQFA). Il intègre les dirigeants québécois du soccer football mineur. Les publications et rapports deviennent bilingues français/anglais, alors qu’apparaissent les premiers permanents non anglophones. Son investissement le conduit à la vice-présidence de l’ACS (Association Canadian of Soccer nouvelle dénomination de la DCFA) en 1972.
Les années soixante dix sont marqués par une volonté de médiatiser le football. En effet, la création de la North American Soccer League aux Etats-Unis, la diffusion des matchs de la Coupe du monde 1974 ainsi que l’effervescence olympique (1976) permettent d’atteindre un nouveau public tout en satisfaisant dirigeants et pratiquants. Cependant, cet élan médiatique s’avère éphémère tout en marquant le premier succès médiatique du soccer dans l’Amérique du nord tout entière.
Malgré tout, le soccer québécois est en expansion, et servira de modèle pour le Canada. La fin des années soixante-dix voit des changements se profiler avec l’arrivée de Jacques Plouffe à la présidence de la FSFQ en 1978. La FSFQ est transformée en Fédération Québécoise de Soccer-Football afin de respecter le nationalisme linguistique. Le fonctionnement des ligues est lui aussi remis à jour : les ligues nationale et métropolitaine disparaissent pour laisser place à un véritable championnat provinciale senior (CPS). Le CPS est constitué d’une division excellence de dix clubs, deux divisions préexcellence (Di Caprio composé de 9 clubs et Andrews de 8). L’ensemble fonctionne selon un système de promotion/relégation, le tout étant complété par des championnats régionaux.
Le début des années quatre-vingts est marqué par un second coup d’éclat, celui du Manic. Ce nouveau club professionnel intègre la NASL, la plus prestigieuse ligues nord-américaine, qui fut connu par le passage de Pelé. Profitant d’un contexte favorable (beau temps, grève du baseball…) le Manic bat des records d’affluence, en accueillant notamment 58 542 personnes au stade olympique, soit 42 places de plus que sa contenance officielle ! Les années Manic créent une certaine ferveur québécoise pour le soccer qui se traduit par un début de médiatisation, puisque la TVA télédiffuse quelques matchs du l’équipe montréalaise.
De nouveaux changements ponctuent la seconde moitié des quatre-vingts. En 1986, sous la présidence de Pascal Cifarelli, le CPS se mue en ligue nationale de soccer du Québec (LNSQ). Cette ligue semi-professionnelle réunit 10 clubs. Trois ans plus tard, alors que Alton Legault est nommé à la présidence de la FQSF, les relations avec les régions se resserrent, le Québec se dotant d’un centre national de haute performance (CNHP). Le CNHP a pour but de fournir un cadre d’apprentissage pour touts les acteurs du soccer : joueurs, entraîneurs et arbitres. Puis en 1991, la mise en route de la LSEQ (Ligue de Soccer Elite du Québec) proposée par le même Pascal Cifarelli est piloté par Nick Filippone. L’élection du Québécois Terry Quinn à la présidence de l’ACS vient conclure cette période constructive pour le soccer de la Belle Province, marquée par l’investissement des francophones et un intérêt nouveau des média.

L’âge du roi soccer ? Le football association sport le plus pratiqué au Québec (1990-2006)


A partir du début des années 1990, le soccer devient le sport le plus pratiqué au Québec. Les retombées des Coupes du Monde de football ainsi que les progrès connexes de la médiatisation du jeu sont à l’origine de ce succès.
De fait, en 1989, la Radio Des Sports (RDS) voit le jour et mise sur le soccer. Elle s’entend avec la maison mère The Sports Network (TSN), la brasserie Molson, qui détient les droits de télévision, et la FIFA pour retransmettre l’intégralité des matchs (52) de la Coupe du monde 1990 disputée en Italie. Grâce à cet événement planétaire et après seulement neuf mois d’existence, la RDS égale les audiences du hockey de la NHL et dépasse celle du base-ball. Toutefois ce succès est ponctuel et n’est pas forcément révélateur d’une appropriation par les média québécois du football. En revanche, l’exemple du FC Supra, transformé en « Impact » en 1993, va être un facteur déterminant dans l’identification des Québécois, et notamment des Montréalais à une équipe de football. Ainsi, en 1994, l’Impact remporte la finale de l’APSL devant une assistance record au Centre Claude-Robillard Ses joueurs et dirigeants s’offrent un défilé sur Sainte-Catherine en profitant, au passage, du lock-out au hockey. Ce succès populaire est complété par celui la Coupe du monde organisée aux Etats-Unis, et qui réunit un public record de 3 567 415 spectateurs, soit une moyenne de 68 604 personnes par match.
La popularité grandissante du soccer québécois porte ses fruits. En 1995, privés des Canadiens jouant en Europe, l’entraîneur national Bob Lenarduzzi sélectionne 8 joueurs de l’Impact, un record qui n’est pas prêt d’être battu. Les clubs de la LSEQ font une razzia de 7 médailles aux championnats canadiens des clubs, notamment la victoire d’un club québécois en Coupe Challenge (la dernière datant de 1961). L’année suivante, les Québécois investissent l’ACS (Terry Quinn président, Nick Filoppone directeur des compétitions, Joey Saputo, directeur de soccer professionnel, et Dino Madonis président de la FQSF) qui accueille désormais, sur le modèle québécois, les présidents provinciaux. Enfin, dans cette même année 1996, le déficit de la FQSF est résorbé, son président Madonis annonçant même que les aides aux régions allaient augmenter. En 1997, le soccer québécois dénombre 536 488 joueurs et joueuses (soit 2 917 de plus que son concurrent, le hockey).
Bien que le Canada ne soit pas qualifié, le phénomène de la Coupe du Monde France 98 provoque un nouvel élan des québécois envers le football. Elle relance un élan médiatique encore plus fort, puisque la RDS en diffuse les 64 matchs. La victoire des Français et un million d’enthousiastes sur les Champs-Elysées provoquent un première au Québec : pratiquement tous les éditorialistes sérieux des journaux quotidiens commentent l’évènement. Le député fédéral Denis Coderre manifeste même le désir d’organiser la coupe du monde au Canada.
Cette dernière période de l’histoire du soccer québécois est donc fructueuse. On constate une progressive ascension du football qui est accompagné de sa médiatisation et par l’enchaînement d’événements sportifs mondiaux qui ont permis au soccer de sortir du statut de sport mineur et ont donné au québécois le goût de ce sport. L’Impact comme fer de lance du football québécois a su apporter ce brin de « patriotisme » qui à permis de renforcer l’effet des événements majeurs ayant contribué à propulser le football au rang de sport le plus pratiqué.

Conclusion : face au hockey, sport de l’identité canadienne

S’il est aujourd’hui le sport le plus pratiqué au Québec, le football ne jouit toujours pas de la notoriété qu’il a dans les autres pays : le hockey constitue le sport constitutif d’une part de l’identité québécoise et canadienne. Pour que le soccer atteigne ce rang, il lui reste encore un long chemin à parcourir. De fait, à l’instar du puissant voisin américain, si sa pratique est très populaire chez les jeunes le football québécois des « adultes » reste à majorité communautaire.
Nous nous trouvons donc dans une période cruciale, celle de la diffusion de sa pratique chez les francophones adultes et de sexe masculin de la Belle Porvince…


Paul Rochefort
Université de Franche-Comté et université de Montréal


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