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Haim revivo

Le poids de l’héritage socio-culturel face à l’identité sportive.

Le sport occupe une place de choix dans le processus de construction des identités nationales. A travers les mobilités internationales et les migrations transnationales, la mondialisation accélère le processus de dénationalisation. Ce concept, proposé par Saskia Sassen[1] se présente sous la forme d’une déconnexion entre l’Etat et la nation que le sportif est censé représenter. Agissant comme une entreprise commerciale, certains Etats n’hésitent pas à naturaliser à l’approche de compétitions internationales. Ce nouveau phénomène a alerté la FIFA[2] qui a édicté que «le naturalisé doit avoir vécu au moins deux années consécutives sur le territoire de l’association concernée»[3]

Dans la perception des acteurs du sport, les sportifs naturalisés restent frappés par «le sceau du soupçon», car suspectés d’être à l’origine d’un acte purement intéressé. A contrario, le sportif«d’origine immigrée» notamment lorsqu’il s’agit de champions, peut être plébiscité, à l’image de Zinedine Zidane ou Yannick Noah.[4] Ainsi, pour éviter de tomber dans la marchandisation des athlètes, les autorités sportives, CIO[5] et FIFA en tête, se sont donnés pour objectif de réhabiliter «l’amour du maillot et le respect de l’éthique sportive». Cette dernière notion rejoint en quelque sorte ce que déclarait Albert Camus «Tout ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au football que je le dois.»

En concentrant l’étude sur Haïm Revivo, l’objectif n’est pas véritablement d’analyser les modalités de choix de «l’identité sportive» mais plutôt de la confronter à l’héritage socio-culturel du sportif. En effet, l’attention est portée sur la trajectoire d’un enfant de l’immigration juive marocaine en Israël.

Né à Ashdod de parents beda ouïs, le personnage de Haïm Revivo constitue un sujet d’étude, révélateur d’une profonde inter culturalité. Etant l’un des premiers israéliens d’origine marocaine à s’expatrier dans les championnats étrangers durant sept saisons, il a pu montrer ainsi la voie[6] et garder en dépit de l’internationalisation du football, toute son identité et ses valeurs.

Faute d’avoir pu rencontrer le personnage central, cette communication s’est construite essentiellement sur la base d’une étude de presse des quotidiens israéliens Haaretz[7] et The Jerusalem Post[8] ainsi que sur la riche bibliographie existante sur la communauté juive du Maroc. Cette étude ne prétend pas rentrer dans les détails d’une recherche biographique, ni même traiter les concurrences en terme de choix de l’identité sportive entre le Maroc et Israël. La problématique centrale demeure au niveau de l’environnement judéo-marocain traditionnel, dans lequel baigne Haïm Revivo.

Par ailleurs, si le sportif est très attaché à son passé et à sa religion[9], il fait aussi le choix de s’expatrier et se confronter à d’autres cultures, d’autres religions. Son patrimoine, auquel il se réfère, dans ses actes et son parcours est ainsi solidement ancré dans sa personnalité.

Il est vrai que la communauté juive marocaine, soumise pendant des siècles au statut de dhimmi[10], conserve néanmoins de manière intacte son identité juive traditionnelle. En effet, les Juifs marocains demeurent profondément liés aux valeurs traditionnelles, culturelles et surtout la eda, c'est-à-dire un attachement à la famille et à la chaleur des relations humaines.[11]

 A la fois protégée par le souverain mais aussi victime de clauses discriminatoires[12], la communauté juive connaît au XIXe siècle un essor démographique sans précédent, en bénéficiant notamment des fruits[13] du colonialisme. La protection dont bénéficie la communauté juive est telle que le roi Mohammed V fait systématiquement obstruction aux mesures racistes que le gouvernement de Vichy impose aux juifs du Maroc. À chaque nouvelle loi vichyste, le souverain prend, jusqu'à l'affrontement avec le Résident général, une défense farouche des juifs en ayant soin de rappeler à chaque fois que «juifs et musulmans sont également ses sujets et qu'il ne souffrirait aucune discrimination entre ses enfants».

En 1944, lors de la fête du Trône, Mohammed V demeure fidèle à son engagement, et s’adresse ainsi aux Juifs: «Tout comme les musulmans, vous êtes mes sujets et comme tels, je vous protège et vous aime, croyez bien que vous trouverez toujours en moi l'aide dont vous avez besoin. Les musulmans sont et ont toujours été vos frères et vos amis».[14]

Aujourd’hui encore, les dirigeants de la Communauté juive marocaine, dont notamment, André Azoulay[15] œuvrent afin que le défunt roi Mohamed V reçoive à titre posthume le titre de «Juste des Nations», en reconnaissance de son action pour la protection des juifs marocains durant la Shoah.

Cependant, entre la création de l’Etat d’Israël en 1948 et l’indépendance du Maroc en 1956, les juifs marocains émigrent en nombre. Malgré leur volonté de rester à l’écart de la lutte armée pour l’indépendance, les juifs sont gagnés par un vent de panique, notamment à la suite du pogrom de Sidi Qassem, le 3 août 1954.[16]

Face à l’interdiction des départs et à l’imbrication du conflit israélo-arabe, l’émigration clandestine se structure autour du réseau de la Misgeret[17], mis en place par le Mossad dans le but d’organiser la fuite de milliers de juifs vers Israël. Cette émigration, mal vécue par le pouvoir marocain, fait l’objet suite au naufrage du Pisce, d’un changement radical de politique. En 1962, le nouveau souverain Hassan II se résout à éviter une «question juive» et se lance dans une politique libérale, en autorisant les départs. Selon Yigal Bin Nun[18], ce sont près de 110.000 juifs qui choisissent de s’installer en Israël. Les plus pauvres partent en Israël, où ils constituent une part importante du prolétariat et contribuent à densifier les nouvelles «villes de développement», comme Ashdod ou Dimona. L’élite et la classe moyenne, plus sensibles à l’attractivité culturelle française, choisissent de s’établir en au Canada et surtout en France. Si en 1967, au moment de la guerre des Six Jours, la population juive passe à moins de 70000 âmes, aujourd’hui, les statistiques montrent que la communauté juive tombe sous la barre des 5000personnes.

Ainsi, cette émigration dont Israël accueille le plus grand nombre, se déroule en trois grandes vagues: au moment de la création de l’Etat d’Israël à l’indépendance des nouveaux états d’Afrique du Nord et lors des crises des années soixante.[19] Finalement, malgré la politique courageuse du souverain marocain dans le conflit israélo-arabe, la rencontre avec Shimon Peres en 1986 dans l’Atlas, et l’autorisation de retour accordée aux Israéliens d’origine marocaine, l’inexorable déclin de la présence juive au Maroc se poursuit.

Se concentrer sur Haïm Revivo, c’est en quelque sorte, inscrire son parcours sportif dans les pas de la communauté judéo-marocaine, très attachée à l’identité communautaire. Une enquête[20] empirique réalisée en 1981 montre que parmi les différentes communautés juives d’Israël, les marocains d’origine font état d’un sentiment de sous-estime et d’exclusion.

Face à cette image, les membres de cette communauté peuvent exprimer deux réactions opposées, la soumission ou l’auto-défense. Décelée dans les années 60, cette soumission a laissé place à l’auto-défense et à un sentiment d’expression plus fort dans son engagement socio-politique, voire pour certains à des tendances séparatistes.

A son arrivée en Israël, probablement dans les années 60, la famille Revivo s’installe à Ashdod, dans l’une de ces villes de développement. Ce choix n’est pas anodin, car énormément de juifs marocains ont choisi de s’y implanter. Et pourtant, la vie n’y est pas facile. Les parents de Haïm Revivo investissent leurs quelques économies dans l’achat d’un petit kiosque. La Tradition juive dit «la Terre d’Israël ne s’acquiert que dans la souffrance». Les Juifs du Maghreb l’ont vérifié mais sans regretter l’aliyah[21]. C’est au moment où l’Etat d’Israël traversait de graves crises, et dans l’impossibilité de planifier l’immigration pour des raisons politiques, que ces migrants sont accueillis.

Très vite, ces Juifs du Maghreb se voient confier par les autorités, le défi de la mise en valeur du désert, le peuplement des zones frontalières et des villes de développement. Le long de la Ligne verte, ce sont pas moins de dix-neuf villes de ce type et des villages coopératifs qui voient le jour.

Les conditions de vie sont difficiles et à la différence des familles d’origine européenne, la famille orientale fait face au poids des traditions la femme est tenue de rester au foyer pour s’occuper de sa nombreuse famille. Ainsi commence l’enfance modeste d’un sabra aux racines marocaines.

Un début de carrière prometteur

Né le 22 février 1972, Haim REVIVO est scolarisé au collège Mekif He et à l’âge de 16 ans, il est repéré par l’Hapoel Ashdod. Le club, longtemps affilié à la Histadrouth, c'est-à-dire la Fédération générale du travail, est dominé par les partis travaillistes successifs. C’est uniquement dans les années 1980, que malgré la persistance des anciens liens, on observe le dégagement progressif des sports de toute emprise politique. Cela correspond aussi à l’arrivée en masse de capitaux privés, qui investissent dans les grandes équipes sportives.

Haïm Revivo poursuit son apprentissage dans les clubs de Bnei Yehoudah de 1990 à 1993 et de l’Hapoël Tel Aviv durant la saison 1994. Le tournant de sa carrière correspond au transfert vers le club du Maccabi Haïfa. Arrivé en 1994, Haïm Revivo accomplit des performances remarquées, en devenant meilleur buteur des saisons 1994-1995 et 1995-1996. Placé sur le côté gauche de l’attaque, il est rapidement adulé par les supporters. Il sait aussi se faire remarquer en célébrant chacun de ses buts par une acrobatie, ce qui apporte une dimension originale au personnage. Le football moderne est aussi un mélange de comportements parfois farfelus, dont les médias sont très friands.

Sous la conduite du manager Giora Spiegel[22], Revivo progresse énormément sur le plan technique et devient un grand spécialiste des coups francs. Au cours de sa seconde saison à Haïfa, il impose ses vues sur la stratégie de l’équipe, en jouant au poste de meneur de jeu. Son repositionnement n’altère en aucun cas ses performances, au contraire, Revivo confirme son statut de meilleur buteur et ne tarde pas à se faire remarquer auprès des clubs européens.

Légitimement, le joueur s’interroge sur un possible transfert vers un championnat plus huppé mais avec l’incertitude d’être titulaire et surtout de perdre son statut de star nationale. A ce titre, les raisons qui poussent un joueur à s’exiler sont diverses. Entrent en jeu d’une part les perspectives de carrière et la médiatisation (un joueur de Liga a, à priori, une couverture médiatique internationale plus forte qu’un joueur de la Ligat), ainsi qu’une rémunération plus attractive.

Revivo au Celta Vigo: la confirmation d’un talent et l’affirmation de l’identité judéo-marocaine

Transféré au Celta vigo pour 1,5 M$, Haîm Revivo découvre l’un des championnats les plus médiatisés sur le vieux continent. Attirés par son jeu vif et technique, les dirigeants du Celta, le recrutent suite au visionnage d’une simple cassette vidéo.

Cependant, au moment des négociations préliminaires à la signature du contrat, Revivo pose ses conditions. Très respectueux des préceptes du judaïsme, le joueur demande son retrait lors des matchs se jouant durant les fêtes religieuses juives. Ce cas de figure se présente en 1996 lors d’un match de championnat entre le Betis Seville et le Celta Vigo. Le match étant prévu la veille au soir du Yom Kippour, Revivo demande à son club d’effectuer les démarches auprès de la Liga pour avancer le match et lui permettre ainsi de se rendre à la synagogue.

Dans les médias, l’évènement fait la une. Dans une tribune au quotidien anglais[23], Revivo rappelle les termes de son contrat, lui autorisant à s’absenter lors des fêtes religieuses. Etant confrontépour la première fois à cette situation, Revivo qui a pris conseil auprès d’un rabbin, déclare également «qu’il est important de respecter ce que ses parents lui ont appris». Ce fait permet de mesurer l’importance que Revivo accorde au respect des traditions, ciment de la culture judéo-marocaine.

Ainsi, du statut de star adulée dans son pays, il débarque tel un inconnu dans la Liga. Au cours d’une interview[24] qu’il donne en 2007, il est revenu sur son passage en Espagne. Conscient de venir d’un petit pays de par sa démographie et son rôle modeste sur le plan du palmarès footballistique, Revivo ne se comporte pas en homme mais en ambassadeur. Ce postulat valide la thèse développée par Youcef Fates, qui affirme que dans les pays du Tiers-Monde ou les «petites nations», le sport de haut niveau «est le seul terrain où ils peuvent se mesurer, se battre, et éventuellement arracher une illusoire victoire sur les pays développés». Ainsi, il développe l’idée que le «sport est essentiellement politique»[25]

Cela rejoint aussi la position développée par le jeune lettré Roman Czapski, qui relève que «le stade est un théâtre, où se joue chaque fin de semaine, le récit de David et Goliath»

Or, dans les années 90, le conflit israélo-arabe et les répercussions[26] de la guerre du golfe, provoque un changement radical pour l’équipe nationale israélienne,contrainte de jouer ses matchs à domicile, sur terrain neutre. En Espagne, Haïm Revivo est contraint de subir ce contexte géopolitique. Le joueur est aussi animé par cette volonté de clamer haut et fort son appartenance et sa fierté d’être israélien. Cela découle en grande partie de ses origines judéo-marocaines, où l’affirmation de l’identité socio-culturelle est majeure.

Au Celta Vigo il parvient à s’imposer et devenir l’une des idoles du club, notamment lors d’un match de coupe de l’UEFA, où il permet de qualifier son équipe face à Liverpool pour les quarts de finale. Après trois saisons au Celta, il s’engage en Turquie, dans l’un des deux clubs de la capitale stambouliote, Fenerhbace.

La Turquie: un choix sportif, financier et culturel assumé

Le football est le sport numéro un en Turquie. En général, les meilleurs joueurs sont amenés à évoluer dans un des trois grands clubs, Galatasaray, Fenerhbace et Besiktas. Hors ces clubs, forts d’un pouvoir financier important dû à un engouement populaire majeur, n’hésitent pas à verser des sommes énormes pour attirer les meilleurs joueurs. Les médias sont également omniprésents dans le football turc où ils essayent constamment de dénicher des scandales, et tout connaître de la vie des footballeurs connus.

A peine arrivé à l’aéroport, Haîm Revivo est accueilli comme une star par des milliers de personnes.[27] Connaissant le public stambouliote, Revivo privilégie probablement la chaleur et la ferveur populaire bien que les spécialistes du ballon rond estiment que l’intérêt accordé à ce sport est sans commune mesure avec le niveau pratiqué dans le pays

En Israël, son choix sportif suscite peu de commentaires négatifs. L’Etat hébreu a toujours soigné ses excellentes relations avec la Turquie qui a été le premier pays musulman à le reconnaître dès 1949. De son côté, la Turquie profite d'un apport financier important généré par le tourisme de masse de centaines de milliers d'Israéliens s'expatriant parfois pour un simple week-end à la recherche de dépaysement, et parfois de casinos.

Le style, la personnalité et les buts de Revivo enchantent le public stambouliote. Le joueur est en grande partie l’élément moteur dans la conquête du titre de champion[28] de Turquie en 2001 et celui qui mène Fenehbace dans le ghotta des compétitions, la Ligue des Champions.[29] A 29 ans, il devient le premier footballeur israélien à jouer cette prestigieuse compétition et s’impose même comme capitaine de l’équipe. Le titre de meilleur joueur du championnat turc lui est même attribué. L’aspect footballistique l’emporte ici sur toute autre considération, notamment politique. Mais la passion des supporters turcs est parfois excessive et conduit certains d’entre eux, à exprimer des slogans racistes. En effet, c’est au cours d’un match contre Besiktas, que Revivo est victime de cris racistes et poussé à quitter la Turquie.

Le «Revivogate»[30], tel que l’a titré la presse, au lendemain de l’évènement n’aura cependant pas lieu. Au cours d’un entretien donné à la radio, Revivo n’exprime aucune crainte et se dit confiant et calme. Connaissant la pression en Turquie, il n’envisage aucun départ et ajoute qu’il compte bien se promener tranquillement dans les rues d’Istanbul.

Cependant, suite aux déboires financiers du club stambouliote, et à la non qualification pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions, Haïm Revivo annonce son départ. L’agent de Revivo entame les négociations avec le club d’Hambourg. Ce dernier, par l’intermédiaire de son directeur sportif Dietmar Beirsdorfer, ne parvient pas à rapprocher les positions sur le plan financier, mais surtout pour une autre raison. Au sein de l’équipe d’Hambourg joue l’international iranien, Mahdi Mahdavikia. Or, ce dernier a prévenu le club qu’il serait écarté de l’équipe nationale iranienne s’il était obligé de jouer au côté de Revivo. Lorsque le football rejoint la politique, cela peut conduire à de tels imbroglios.

Le club d’Hambourg n’a pas également donné suite en raison du coût élevé engendré pour la sécurité du joueur israélien. Finalement, Haïm Revivo ne sera pas le premier joueur israélien à rejoindre la Bundesliga.[31] Après de multiples contacts, la star israélienne s’engage pour deux ans et demi chez l’ennemi juré du Fenerhbace, le club stambouliote du Galatasaray. En renonçant à une prime de 750.000$ et en retirant sa plainte auprès de la FIFA pour non règlement de salaires, Revivo entame un nouveau cycle.[32]

Son objectif est de conquérir le titre et la coupe nationale avec Galatasaray[33] caril est un «amoureux de la Turquie». A la presse qui le questionne sur son transfert et s’il craignait de croiser la route de fans de Fenerbahce, Revivo répond: «Je ne crains seulement que Dieu et nul autre»[34] A Galatasaray, sa première saison est difficile, notamment en raison de blessures recurrentes. Ses statistiques sont en berne et les relations tendues avec son entraineur Fatih Tarim, ne lui facilitent pas la tâche. La concurrence à son poste semble l’avoir aussi convaincu qu’il n’était plus aussi indiscutable dans les choix tactiques de l’entraineur. Finalement, Haïm Revivo choisit de rompre son contrat à l’amiable.

Après sept années passées dans les championnats étrangers, Revivo éprouve à 31 ans le besoin de retourner en Israël, auprès de sa famille et de son club de cœur, le SC Ashdod. Au côté du businessman, également d’origine marocaine, Jackie Ben Zaken, il prend des parts et s’investit durablement dans le club. Finalement, au bout de 12 matchs, il raccroche les crampons à 32 ans. Avant d’annoncer sa retraite sportive, le joueur s’assure du maintien du club au sein de la Ligat.

En Israël, le départ de Revivo ne laisse pas indifférent le public qui n’oublie pas aussi son rôle joué aussi au sein de l’équipe nationale. Membre incontournable de l’équipe, il sera capé à 67 reprises. Au cours d’un entretien repris par le site Infotzion[35], il aborde le niveau actuel de l’équipe nationale et estime qu’elle ne grandit pas suffisamment malgré les joueurs talentueux qui la composent.

Revivo voit dans la ligue turque l’exemple à suivre avec l’apport massif de capitaux et ainsi la possibilité de «s’offrir» des joueurs de renom et talentueux. En Israël, il voit cependant un écueil se dresser, les impôts extrêmement élevés nuisent au marché des transferts. Ainsi, le championnat israélien voit arriver des joueurs étrangers de niveau B. Cet entretien démontre finalement que le sportif accompli a laissé place à un autre personnage, celui de manager, businessman et même mannequin.

 

Revivo ou le symbole de la réussite de la communauté marocaine

Parfois, la reconversion d’un sportif de haut niveau n’est pas chose aisée, et beaucoup éprouvent des difficultés pour se reconstruire un nouveau mode de vie. Tel n’est pas le cas de Haïm Revivo, qui assume pleinement ses nouvelles fonctions, voire au-delà.

En effet, à la tête du club, il remplit à la fois les missions de manager sportif, et parfois d’entraineur[36], suite au limogeage de celui-ci. Avec beaucoup de respect, les joueurs écoutent la «star» et Revivo n’hésite pas à instaurer une discipline de fer en sanctionnant financièrement[37] les joueurs en retard à l’entraînement. Pour Revivo, cette discipline fait partie du haut niveau, ce qui ne l’empêche pas d’embrasser «ses» joueurs et de rire avec eux.

Exigeant avec lui-même, il l’est tout autant avec les joueurs qui composent son groupe, n’hésitant pas à hurler. Revivo est aussi très attiré par les joueurs argentins, notamment leur état d’esprit: «avec eux, tu peux aller au combat».

Il loue en effet les «qualités d’homme» de ces joueurs argentins mais reconnaît qu’il est difficile de recruter les meilleurs.[38] Sa carrière et ses expériences à l’étranger ont façonné l’homme, et ont influencé son style de jeu. Symbole de cette ouverture internationale, il parle couramment l’anglais, l’espagnol, le français et l’hébreu, mais toujours avec des mots en argot marocain. Hostile à l’idée de demeurer entraîneur, Revivo entend faire fructifier son image et son physique. Il entame une nouvelle carrière dans le mannequinat et signe plusieurs contrats avec Givenchy, Vogue et la société Go Under. L’homme joue en effet beaucoup avec son image et se retrouve placardé comme le fut en France, Yannick Noah.

En avril 2005, l’équipe israélienne croise le chemin de l’équipe de France dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du monde 2006. Ce match alimente la presse israélienne, notamment en raison des déclarations de Fabien Barthez, gardien de l’Equipe de France, se disant «très inquiet» à l'idée d'aller jouer en Israël, en raison de problèmes de sécurité. Cette «affaire Barthez» est craint par les autorités israéliennes, qui pensent que l’hymne français sera sifflé[39]. Pour éviter une affaire d’Etat, des dépliants sont distribués aux 40.000 spectateurs attendus au stade Ramat Gan et les hauts-parleurs diffusent des appels au calme. Et pourtant, le chauvinisme se répand dans la presse israélienne.

Le comique israélien Eli Yatzpan, souvent critique à l'égard de la France, appelle l'équipe israélienne à battre les Français «à plates coutures», dans les colonnes du quotidien «Yediot Aharonot»[40]. Dans le même journal, Haïm Revivo déclare qu'une éventuelle victoire de son équipe aurait un sens politique. «Une victoire aujourd'hui sur le terrain du foot aura une signification qui dépasse le football», explique-t-il, avant d'ajouter que «ça sera très agréable de remporter une victoire politique avec des buts». Le mot est lâché «politique».

 

Cette position de Revivo est à l’image de la poussée de revendication sépharade dans les années 60 et 70 en Israël. Elle portera les germes de mouvements violents, telles que les Panthères Noires[41]. Bas niveau de revenus, bas niveau d’éducation, conditions de logement précaires, les autorités ne peuvent plus fermer les yeux sur cette disparité.

Des mesures énergiques sont prises sur le plan politique, social, éducatif et culturel. Aujourd’hui, ils sont politiquement, psychologiquement, totalement intégrés.[42] Il semble que l’image des petits artisans de Boujaâd, des maçons de Demnate, des tanneurs de Fès ou des menuisiers de Marrakech, analphabètes, peu fortunés, et assimilés parfois à des voyous ait laissé place à une autre génération plus à l’aise dans la société israélienne

Symbole de cette nouvelle génération, Revivo suscite également la convoitise. Vivant entre Los Angeles et Ashdod, la star se retrouve sous le coup de menaces sur sa personne et sa famille[43]. La presse israélienne pense que cet exil aux Etats-Unis est du aux menaces du clan Domrani, un parrain de la mafia, qui aurait menacé la famille Revivo. En effet, pour Yedioth Aharonoth, ce serait en raison d’une liaison entre Revivo et la femme de Shalom Domrani, lequel aurait mis sa tête à prix et précipitant ainsi son exil.[44]

Cependant, Haïm Revivo réfute cette version et clame au journal Yedioth Aharonoth, que ses affaires ainsi que celles de sa femme l’obligent à demeurer à Los Angeles. Cet épisode qui n’est pas rare dans le monde du football, où se brassent des millions de dollars, démontre l’imbrication des réseaux mafieux et des agents parfois peu scrupuleux.

Enfin, retirés des terrains de football, Haïm Revivo et Eyal Berkovic, prennent néanmoins le temps occasionnellement, de participer à des matchs de charité, notamment en 2006, à l’occasion d’une levée de fond pour le Centre Osim Haim, à destination des enfants cancéreux. Attaché à ces causes nobles, Revivo ne ménage pas son physique devenu lourd, pour régaler les jeunes amateurs de football.[45] En collaboration avec la FIFA, il contribue également à faciliter l’insertion des enfants pauvres en Israël.

Pour conclure, le nom de Haïm Revivo aura marqué l’histoire du football israélien, à l’image de Ronny Rosenthal ou Yossi Benayoun aujourd’hui. Ses performances à l’étranger démontrent également qu’une carrière internationale peut être menée de paire avec une certaine conception del’héritage socio-culturel. En effet, bien que confronté aux réalités de l’expatriation, Haïm Revivo garde l’image d’un personnage entier. Longtemps contraint de choisir entre «l’identité diasporique» et la nouvelle identité israélienne, les juifs marocains ont préféré opté pour une identité à part.

En Israël, la communauté juive marocaine apparaît comme étant très proche du camp ultra-othodoxe représenté à la Knesset, par le parti Shass. Convaincue que ce parti lui permettrait d’accèder à des postes politiques, la communauté juive marocaine s’est surtout manifestée pour son aversion contre les partis de gauche, considérés comme anti-religieux et surtout élitistes. Ce ressentiment profond contre«l’establishment» en majorité ashkenaze, était ancré jusque dans les années 90.

Aujourd’hui, la place occupée par les israéliens d’origine marocaine, est en aucune mesure comparable à celle des premiers immigrés. Depuis leur débarquement des bateaux de l’Agence juive, les juifs marocains n’ont cependant jamais coupé les ponts avec leur pays d’origine. Le pèlerinage des saints[46] connait toujours la même ferveur. Enfin, en dépit d’un attachement viscéral aux valeurs du sionisme, les juifs marocains de la 2e et 3e génération partagent avec leurs «concitoyens» musulmans les mêmes intérêts: le respect de la religion et le culte des saints. Ainsi, dans le contexte actuel de méfiance entre les acteurs du conflit israélo-arabe, les israéliens d’origine marocaine ne seraient-ils pas logiquement les mieux placés pour négocier avec les Palestiniens?

 

 



[1] La sociologue S. Sassen est connue pour ses analyses sur la globalisation et les migrations internationales. Elle est également à l’origine du concept de ville-mondiale, notamment exposé dans son livre de référence, The Global city.

[2] La Fédération internationale de football association (ou FIFA) est une association de fédérations nationales fondée en 1904 ayant pour vocation de gérer et de développer le football dans le monde. Son siège est situé depuis 1932 à Zurich, en Suisse, et son président actuel est Joseph Sepp Blatter. La FIFA est une association à but non lucratif.

[3] FIFA, circulaire n°901.

[4] M. Schatte, Les Migrations athlétiques comme révélateur de l’ancrage national du sport, in Dossier Sociétés contemporaines, N°69

[5] Le Comité international olympique (souvent abrégé en CIO) est une organisation créée par Pierre de Coubertin en 1894[1], pour réinstaurer les anciens Jeux olympiques antiques, puis organiser cet événement sportif tous les quatre ans. Depuis 1981, c'est une «organisation internationale non gouvernementale à but non lucratif à forme d’association dotée de la personnalité juridique dont le siège est à Lausanne».

[6] Notamment à un joueur israélien d’origine marocaine, Yossi Benayoun, qui a fait les beaux jours de Liverpool et qui vient de s’engager dans le prestigieux club londonien de Chelsea.

[7] Fondé en 1919, Haaretz (Le Pays) est l'un des trois plus grands quotidiens nationaux en Israël. Loin derrière Maariv et Yediot Aharonot, son influence est plus importante que sa diffusion. Sa ligne éditoriale se situe au centre gauche de la vie politique israélienne.

[8] Fondé en 1932 en tant que Palestine Post le journal soutient la bataille pour un foyer national juif en Palestine mandataire. Le journal est rebaptisé Jerusalem Post en 1950 après l'indépendance d'Israël. Il se positionne pendant des décennies au centre-gauche et soutient le parti travailliste jusqu'en 1989. Le Jerusalem Post change alors de ligne éditoriale et soutient le Likoud. Actuellement, le point de vue du Jerusalem Post sur l'actualité est perçu comme étant de centre-droit, bien que des articles de gauche y figurent régulièrement.

 

[9] Dans son parcours et pendant sa reconversion, il fait souvent appel aux rabbins pour l’éclairer dans ses choix.

[10] Le terme dhimmi (protégés) s'applique essentiellement aux gens du Livre qui, dans le champ de la gouvernance islamique, moyennant l'acquittement d'une capitation, une certaine incapacité juridique et le respect de certaines règles édictées dans un "pacte" conclu avec les autorités, se voient accorder une liberté de culte restreinte ainsi que la garantie de sécurité pour leur personne et pour leurs biens.

[11] J-C Lasry et C. Tapia, les Juifs du Maghreb, Ed. L’Harmattan, Paris, 1989, p 383.

[12] Les juifs ont l’obligation de vivre au sein du mellah, quartier spécifiquement juif

[13] Sur le plan de l’éducation et de l’ouverture à la culture française, à travers l’Alliance française.

[14] B. Lewis, Les Juifs en terre d’Islam, Calmann-Lévy, Paris, 1986.

[15] Conseiller du Roi du Maroc, Mohamed VI

[16] Shmuel Trigano, la fin du judaïsme en terre d’Islam, Denoël, Paris, 2009.

[17] Michel Knafo, Le Mossad et les secrets du réseau juif au Maroc, 1955-1964, Ed. Maarechet, 2002, Kibboutz Dalia.

[18] BIN-NUN Yigal, « La quête d'un compromis pour l'évacuation des Juifs du Maroc », L'exclusion des Juifs des pays arabes, Pardès n°34, In press éditions 2003, pp. 75-98.

[19] J. Tolédano, Les Juifs maghrébins, Ed. Brepols, Bruxelles, 1988.

[20] Cette enquête a été effectuée sur la base d’un échantillon de 409 étudiants nés en Israël.

[21] Littéralement «Montée en Israêl»

[22] Giora Spiegel est le mentor de Haïm Revivo et celui qui le lancera dans le grand bain du professionnalisme.

[23] Ce fait a été relaté par le quotidien britannique The Independent.

[24]http://infotzion.wordpress.com/2007/08/15/entrevista-a-haim-revivo-siempre-prefiero-a-los-jugadores-argentinos

[25] Youcef Fatès, Sport et Tiers-Monde, PUF, Paris, 214p.

[26] Les répercussions sont aussi financières puisqu’au lieu de donner un bénéfice de 500.000$, cela coûte 250.000$ à la Fédération israélienne.

[27]http://infotzion.wordpress.com/2007/08/15/entrevista-a-haim-revivo-siempre-prefiero-a-los-jugadores-argentinos

[28] Fenerbahce a remporté 17 titres en 1959, 1961, 1964, 1965, 1969, 1970, 1974, 1975, 1978, 1983, 1985, 1989, 1996, 2001, 2004, 2005, 2007.

[29] In Haaretz, Revivo scores but Fenerbahce falls to third defeat, publié le 1/04/2004

[30] In Haaretz, Revivo unfazed by anti-Israel shouting, Eli Shvidler, 16/04/2002

[31] In Haaretz, Revivo appears headed for Hamburg, Asher Goldberg, 19 décembre 2002

Jean Paul Derai - UFR Staps Universite de Nice

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