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Une g?n?ration oubli?e ?

Claude Quittet et le football français des années 60. 

Malgré les apparences, il y a bien eu une vie footballistique en France entre la génération des Kopa-Fontaine-Piantoni et celle des verts de St-Etienne. Retour sur cette époque oubliée du football français avec l’un de ses principaux acteurs*.


Biographie : Claude Quittet signe son premier contrat professionnel avec le FC Sochaux-Montbéliard en 1960 après avoir été formé à l’école des Lionceaux. Devenu capitaine de l’équipe et international (il compte seize sélections en équipe de France dont il porte également le brassard à quatre reprises), il dispute la finale de la Coupe de France 1967. Il quitte pourtant le club sochalien en 1969 pour s’engager avec l’OGC Nice qui vient de redescendre en seconde division. Sous la direction de l’entraîneur Jean Snella, l’équipe niçoise est championne de France de D2 dès l’année suivante et vice-championne de France de D1 en 1973. Claude Quittet y reste au total quatre ans avant de signer pour deux ans en faveur du club voisin de Monaco avec lequel il joue une seconde finale de Coupe de France face à St-Etienne en 1974. Devenu commercial pour la firme Adidas, il termine sa carrière en 1975 au Racing Club Franc-Comtois de Besançon en seconde division. Aujourd’hui, il vit à Besançon et occupe le poste de Président de l’association des anciens joueurs du FC Sochaux.


- Comment êtes vous devenu footballeur professionnel ?
- J’ai commencé à jouer au football à l’âge de 14 ans à peu près comme tout le monde. J’habitait un petit pays qui s’appelait Mathay à proximité de Montbéliard. J’ai commencé à jouer avec les autres enfants dans les pâtures, les cours d’écoles… Le football m’a plu et donc, à partir de là, je suis parti dans un club à côté de Mathay, c’est à dire Valentigney. C’était un village qui avait un club en division d’honneur. J’y ai signé ma première licence à 14 ans et je suis devenu assez rapidement titulaire. J’ai fait partie assez tôt de la sélection cadet de Franche-Comté pour devenir ensuite titulaire en division d’honneur puisque je jouais déjà avec des joueurs de 20 ou 25 ans alors que je n’avais que 14-15 ans. A partir de là, j’ai pris des ailes et je suis parti à Sochaux. […] Quand j’y suis arrivé, j’avais 16 ans puisque j’avais déjà joué pendant deux ans à Valentigney. De 16 à 21 ans, en comptant la période du service militaire qui durait 28 mois à cette époque, j’ai fait mon apprentissage du football dans ce cadre. A la fin de mon service militaire, j’ai donc signé une licence professionnelle avec Sochaux pour y rester jusqu’en 1969.

- Vous êtes issus, comme d’autres joueurs sochaliens, de ce qu’il était convenu d’appeler à l’époque « l’école des lionceaux ». Quel était le principe de cette formation ?
- C’était une école de football. Le FC Sochaux était un précurseur dans ce domaine. C’était une sorte de centre de formation avant la lettre mais qui n’avait pas les moyens dont disposent les centres de formation à l’heure actuelle. […] Comme, au FC Sochaux, nous étions rattachés aux automobiles Peugeot, nous travaillions le matin et nous nous entraînions l’après-midi et vice versa. C’est comme ça que nous avons pu progresser et faire un parcours professionnel par la suite. C’est dans les années qui ont suivi que des centres de formation sont apparus mais, je le dis toujours, le FC Sochaux a été un précurseur.

- Cette formation spécifique a-t-elle débouché sur un style de jeu particulier ?
- Le style de jeu, c’est le beau football. Un bon jeu « bien léché » comme on dit, bien réalisé. Pas le football engagé, du beau jeu. Ca revenait un petit peu, en définitive, à cette école qui a été fondée par les entraîneurs et qui était reconnue même au niveau national. On nous apprenait à bien jouer. On voulait le joueur technique, pas le joueur qui, délibérément, prenait le ballon et tapait dedans. Dans cette école de football, je m’en souviens, on avait des entraîneurs qui passaient des après-midi à nous apprendre à faire des passes, à amortir le ballon. C’était un travail difficile, lassant mais qui était apprécié par la suite. Et c’est pour ça que le football sochalien, le beau football, a été remarqué partout et reconnu. […] Même nous, footballeurs avec l’étiquette « FC Sochaux », nous avions à l’esprit de toujours très bien jouer ; à notre détriment parfois ! Parce que le beau football n’était pas toujours le plus efficace, notamment lorsqu’il s’agissait de tenir un résultat par exemple. On ne s’en tirait pas toujours bien. On aimait pas trop dégager dans les tribunes à l’époque, on ne voulait pas dégager en touche. On aimait prendre le ballon et repartir de très loin derrière en évoluant par un beau football. C’était plus facile pour nous.

- La politique sportive de l’entreprise Peugeot à travers le FC Sochaux était-elle perceptible au niveau des joueurs ? Aviez-vous, à l’époque, le sentiment de jouer dans « l’équipe Peugeot » ?
- Bien évidemment ! A l’époque, nous faisions intégralement partie des Automobiles Peugeot au FC Sochaux. […] Parallèlement aux usines, [l’équipe] a permis de créer indirectement un renom publicitaire pour les automobiles Peugeot. Quand on allait jouer quelque part en France, en Europe voire dans le monde – puisqu’on est allés jouer un peu partout – on pouvait faire de la publicité. Je me souviens que quand on est allé jouer aux Antilles – ça devait être en 1964 je crois – on a fait des tours de stade devant une voiture pour dire : « Voilà, Peugeot viens de sortir tel modèle ». C’était une voiture Peugeot et nous avons fait plusieurs tours de terrain, je me souviens, il y avait 15000 spectateurs… Tout ça pour vous dire que les Automobiles Peugeot ont toujours tenu à ce qu’il existe une équipe de football. Quand on parlait du FC Sochaux, on parlait des automobiles Peugeot. Automatiquement, on était obligé d’y penser : ça allait de pair.

- Quel est le principal aspect qui distinguait les différents clubs par lesquels vous êtes passé ?
- J’ai toujours dit que Sochaux était un “club corporatif professionnel”. […] Il y avait peut-être au FC Sochaux un manque d’ambition. C’était un club tranquille, un club bien structuré. Il n’y avait jamais de problèmes financiers, comme d’autres clubs en traversaient à cette époque là, puisque financièrement le club était solide grâce aux automobiles Peugeot. […] Mais on peut dire ouvertement qu’il y avait un manque d’ambition. On était bien, tranquilles, on n’essayait jamais ou très peu, de jouer les premiers rôles… et pour un joueur ce n’est pas toujours intéressant, ni très bon. Et ça je l’ai toujours reproché. J’aurais dû partir un peu plus tôt. J’étais ambitieux, très ambitieux, et je voulais connaître autre chose, dans un autre club, avec la possibilité – pourquoi pas – de jouer une coupe d’Europe ou quelque chose comme ça. En fait, avec le recul, je pense que c’était le club parfait pour finir tranquillement une carrière de joueur. D’ailleurs tous ceux avec qui j’ai commencé en première division avaient 30 ou 35 ans. Là bas, il n’y avait pas la pression des résultats. Quoi qu’il arrive, on savait que Peugeot était derrière le club. […] Quand je suis arrivé à Nice, ils étaient en deuxième division. J’ai joué un challenge intéressant et nous sommes remonté la même année en terminant champions de France de deuxième division. Et après le club s’est montré très ambitieux avec un entraîneur ambitieux qui était Monsieur Jean Snella, un grand entraîneur. Il a monté notre équipe et nous avons été vice-champions de France. Ils ont ensuite fait une coupe d’Europe mais moi, j’étais parti à l’AS Monaco. […] Là bas, j’ai retrouvé un peu le même genre d’organisation qu’à Sochaux, la mer et le soleil en plus. Sochaux avait Peugeot, Monaco le Prince mais la gestion des finances était un peu la même. […] Monaco a toujours été un club tranquille… mais ça n’empêchait pas d’avoir des ambitions sportives. J’ai vraiment beaucoup aimé mon passage à l’AS Monaco, c’est peut-être le club que j’ai préféré.

- Et au niveau du public et des supporters ?
- Si l’on veut faire une comparaison avec ce qui se passe maintenant, il y avait peu de supporters. C’étaient plus des spectateurs. Il n’y avait pas ces noyaux de supporters comme il en existe maintenant. C’est à dire qu’il y avait des petits noyaux de supporters de quinze ou vingt personnes. C’étaient des familles qui venaient au match, c’était dans le cadre familial qu’ils venaient mais ils se disaient quand même supporters du club. Ils étaient là dans les moments importants avec leurs petits drapeaux ou des choses comme ça mais dans les matchs de championnat on ne voyait pas cet engouement qu’on voit maintenant. […] A Sochaux, la plupart étaient des gens qui travaillaient aux usines Peugeot. Il y a quelques anecdotes. Vous savez, ils nous le faisaient savoir quand ça n’allait pas, et par des mots qui n’étaient pas toujours faciles pour nous. Ils connaissaient très bien le dur labeur par le travail qu’ils faisaient et ils nous le faisait comprendre nous qui étions footballeurs professionnels et qui avions une vie assez facile. Ils ne pouvaient pas admettre que nous n’obtenions pas de très bons résultats et ils nous le faisaient savoir par des quolibets. « Trop payés ! », « A la chaîne ! », ça nous l’entendions très souvent. Et ça avait toujours un rapport avec les usines Peugeot. On en revient à ce que nous disions tout à l’heure avec le rapprochement entre les automobiles Peugeot et le Football Club de Sochaux. […] A Nice, le public était plus nombreux mais aussi plus connaisseur. Ils avaient été habitué à un jeu très technique avec des joueurs brésiliens ou argentins. Ils voulaient du beau jeu et des résultats. En cas de défaite, quand ils trouvaient que nous n’avions pas assez bien joué, ils nous attendaient à la sortie du stade pour siffler ou nous insulter et cela continuait jusqu’à la porte de chez nous. Je n’avais jamais rien vu de tel car c’est quelque chose qui aurait été impensable à Sochaux ! A Nice, et dans le sud en général, il y a une vraie « folie » autour du club […] Même à Monaco, il y avait toujours plus de supporter de Nice que de Monaco lors des « derbys » entre les deux clubs.

- En parallèle à votre parcours en club, vous avez mené une carrière internationale… Comment décririez-vous l’organisation de la sélection nationale de l’époque ?
- Oui, j’ai été international à partir des années 64-65. A cette époque là, il n’y avait pas du tout la même politique de sélection que maintenant où un groupe se forme et où on le garde pendant quelques années. A l’époque, la sélection se faisait en fonction de la forme du moment. Vous étiez sélectionné lorsque vous étiez dans une bonne passe. Les journaux influençaient beaucoup le choix des sélectionnés, encore plus que maintenant. Ce sont eux qui disaient si tel ou tel joueur était sélectionnable ou non. […] A cette époque là, ce qu’on disait c’est que, pour être international, il fallait “flamber” à Paris. Nous, on était dans l’Est, où il fait froid, où les journalistes ne viennent pas trop souvent contrairement à Paris, Lyon ou Saint-Etienne, des grands lieux de football. Ici, à Sochaux, il était très difficile de se faire remarquer. L’environnement s’y prêtait beaucoup moins.

- Vous faites partie d’une génération de joueurs de l’équipe de France qui a été un peu “oubliée” par les médias actuels. A quoi tient ce manque de reconnaissance d’après vous ?
- C’est exactement ça ! Il y a d’abord eu 1958 où ils sont allés en demi-finale de la Coupe du Monde en Suède. Nous, nous sommes arrivés tout de suite après ; c’est à dire l’après Kopa. On en a subi les conséquences… Et puis le football français était dans le creux de la vague. Sur le plan international, nous n’étions pas bien classés. C’était une période difficile. […] Il n’y avait aucun suivi ne serait-ce qu’au niveau des dirigeants. Les entraîneurs changeaient régulièrement. Dès qu’il n’y avait pas de résultats, ils étaient virés. Au cours de ma carrière internationale qui a duré sept ou huit ans, j’ai connu au moins cinq ou six entraîneurs ! A cette époque, les journaux avaient beaucoup d’ascendant sur les gens qui faisaient le football. Il y a un journal qui était terrible pour ça, c’était Le Miroir du Football, un journal de gauche. Ils nous assassinaient ! Ils prenaient systématiquement parti contre l’entraîneur en place. Il y avait des clubs mythiques à cette époque là comme Reims ou le Racing Club de Paris et ils étaient pour que ce soient ces joueurs là qui composent l’équipe de France. […] Pour moi, ce n’a pas été une bonne période pour être international. D’autant que ce n’était pas une époque très brillante pour le football français. On était dans une phase où l’on se cherchait énormément. On ne s’est jamais qualifié ni pour les championnats d’Europe ni pour la Coupe du Monde.

* [1] Extraits des entretiens réalisés avec Claude Quittet, à son domicile de Besançon, les 23 mars 2006 et 18 janvier 2007.


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