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Henri Delaunay

Henri Delaunay

De 1950 à 1970, le Coupe du monde de football s’est appelée Coupe Jules Rimet. Pour rendre hommage à l’action du vieux président de la FIFA, le Congrès de Luxembourg décide en 1946, sur proposition du vice-président belge Seeldrayers, de donner son nom au trophée réalisé par le sculpteur parisien Abel Lafleur en 1930. En vertu du règlement, le Brésil, qui a remporté trois fois le titre mondial en 1958, 1962 et 1970, s’est vu définitivement attribuer un trophée finalement volé en 1983 et qui aurait été depuis fondu.


Six ans après la disparition de la Coupe Jules Rimet, Pierre Delaunay, fils du secrétaire-général de la Fédération Française de Football, Henri Delaunay, écrit à Jean Fournet-Fayard une lettre accompagnée d’un dossier documentaire « adressée en toute sympathie » et ne se voulant « en aucun cas paraître tendancieuse et encore moins critique ». Il demandait seulement que « ne soit pas passée sous silence le nom d’Henri Delaunay secrétaire général fondateur de la FFF lorsque la Fédération fait été des origines de la Coupe du Monde ».


Pierre Delaunay exprimait ainsi le ressentiment certain qu’avait nourri son père, cheville-ouvrière du football national, européen et international à l’égard du brillant et fin Rimet qui, selon lui, aurait accaparé tous les mérites d’une œuvre collective, la Coupe du monde de football, dont, il se pensait être le véritable concepteur. L’ego blessé de Henri Delaunay ne put trouver qu’une consolation post-mortem puisqu’en juin 1958, deux ans sa mort survenue le 9 novembre 1955, l'UEFA réunie à Stockholm, donnait à la nouvelle compétition mettant aux prises, tous les quatre ans les sélections nationales européennes, le nom de Coupe d'Europe des nations/Coupe Henri-Delaunay. Malgré ce lot de consolation venu bien tardivement, on peut se demander si la Coupe du monde ne fut pas la vraie Coupe Henri Delaunay avant l’heure.


Né en 1883 au sein d’une famille bourgeoise, Henri Delaunay est l’un des témoins des débuts du football parisien. Dès l’âge de 12 ans, il admire, comme il l’a écrit, les premiers footballeurs, « ces endiablés qui s’amusent et se bousculent en poussant leurs joyaux cris ». Il devient vite joueur, arbitre et finalement président du club de patronage de l’Etoile des Deux-Lacs de 1907 à 1912. Comme beaucoup de footballeurs du début du vingtième siècle, c’est un membre actif de la Fédération Sportive et Gymnique des Patronages de France. Cet engagement est toutefois tempéré par les séjours répétés qu’il fait outre-Manche. En 1902, il assiste notamment, au milieu de 100 000 spectateurs enthousiastes, à la finale de la FA Cup opposant Sheffield United et Southampton au stade de Crystal Palace. Cette « scène primitive » le marquera profondément : il restera pour toujours un anglophile convaincu parlant parfaitement la langue de Stanley Matthews quand Jules Rimet pratiquait essentiellement le français comme langue étrangère.
Il se fera surtout l’efficace importateur et adaptateur du principe de la FA Cup, lorsqu’il crée en 1917 la Coupe Charles Simon, avec ses collègues du Comité français interfédéral (CFI) dont il est devenu secrétaire-général depuis sa création, le 22 octobre 1908. A ce titre, il représente, avant même Jules Rimet, le football français dans les Congrès de la FIFA. Trahissant définitivement le football des sacristies, il devient ensuite secrétaire-général FFF à partir dès sa création le 7 avril 1919 et participe pleinement à la vie nationale et internationale du football, en entretenant d’excellentes relations avec les fédérations britanniques qui prennent pourtant de la distance vis-à-vis de la Fédération internationale. Il siège ainsi en tant que délégué de la FIFA à l’International Board de 1924 à 1928 puis, en juin1929, il participe à Paris avec deux autres dirigeants/arbitres de la FIFA, l’Allemand Peco Bauwens et l’Italien Giovanni Mauro, au premier Comité Consultatif des Règles du Jeu devenu ensuite le Comité d’arbitrage, dont il reste l’un des grands animateurs jusque dans les années cinquante.
Toutefois, l’essentiel de l’action de Delaunay est alors ailleurs. En raison du succès du tournoi olympique et de l’intransigeance du CIO sur la question de l’amateurisme, la FIFA commence à étudier, à partir de 1926, la possibilité d’organiser son propre championnat. Un questionnaire sur ce sujet est envoyé pour sonder les associations sur la possibilité d’organiser une compétition internationale et une première commission est réunie à Zurich en février 1927 pour étudier sa faisabilité. Delaunay y participe avec l’Allemand Linemann, l’Autrichien Meisl, le Suisse Bonnet et l’Italien Ferretti. Delaunay y défend la nécessité « de favoriser l’organisation d’une compétition internationale intéressante dans l’intérêt du football du monde entier et de la FIFA même ». Il s’y montre plus résolu que ses collègues qui, à l’instar de Linemann, représentant de la DFB, y voit une œuvre utile mais pas absolument nécessaire même si « la FIFA en [retirerait] l’avantage le plus effectif et [affirmerait] son autorité ». De plus, l’accord n’est pas atteint quant à la forme, la périodicité, les continents invités à y participer ou encore l’accueil des joueurs professionnels et amateurs. Trois propositions sont donc présentées qui rendent compte de représentations différentes de la géopolitique du sport et d’une inégale tolérance à l’égard du professionnalisme.
Hugo Meisl, le père du Wunderteam, plaide au nom des fédérations de l’Europe centrale et de leur domination de la scène continentale pour une « Coupe de l’Europe » se disputant tous les deux ans (point A de la première et de la deuxièmes propositions). Henri Delaunay, champion de l’universalisme français, propose une Coupe du Monde organisée tous les quatre ans et « ouverte aux équipes représentatives de toutes les Associations Nationales affiliées à la FIFA » (point B de la première et de la deuxièmes propositions). A l’inverse des propositions de Meisl et Delaunay, Linemann, représentant un pays, l’Allemagne, résistant encore officiellement aux sirènes du professionnalisme, établit son projet sur une stricte distinction entre amateurs et professionnels pour les lesquels la FIFA organiserait « deux Championnats du monde », sur un rythme quadriennal pour les premiers, biennal pour les seconds.
Il revient, plus d’un an plus tard, au congrès de la FIFA réuni à Amsterdam de choisir une formule engageant largement l’avenir de l’organisation. Comme les partisans du professionnalisme et/ou de l’universalisme sont les plus nombreux au sein de l’assemblée, la résolution présentée au nom de la France par Henri Delaunay et qui décide « d’organiser en 1930 une compétition ouverte aux équipes représentatives de toutes les associations nationales affiliées » est adoptée par 23 voix contre 5, les pays nordiques ou balte (Danemark, Estonie, Finlande, Norvège et Suède), partisans de l’amateurisme, ayant voté contre. La voie de ce que certains considèrent comme « l’indépendance du football » est ouverte, même s’il reste à « une Commission nommée par le Congrès » à étudier les conditions pratiques d’organisation de cette compétition et à désigner le premier pays qui l’accueillerait. Delaunay est à nouveau présent dans cet organe qui se réunit en septembre 1928 à Zurich et établit les grandes lignes de la Coupe du monde : elle serait jouée, à partir de 1930, tous les quatre ans sur le territoire d’une seule association nationale du 15 mai au 15 juin. L’attribution de l’organisation la première édition à l’Uruguay devait, elle, être décidé au congrès de Barcelone en mai 1929.


L’action et les perspectives proposées par Delaunay avaient été donc essentielles dans la création et la définition de l’architecture de la Coupe du monde. Néanmoins, c’est l’influence de Jules Rimet qui fut retenue : si Delaunay avait agi en technicien des choses du football, c’est l’action politique de Rimet qui fut considérée comme essentielle lorsqu’il s’agirait de convaincre au printemps le très réticent Conseil fédéral de la FFF d’envoyer l’équipe de France à Montevideo et d’assurer ainsi la présence d’un grand pays européen dans l’hémisphère sud. De même, les voyages ultérieurs de Rimet en Amérique du Sud consentirent de préserver les liens avec des pays sud-américains reprochant à la FIFA son européocentrisme et de sauvegarder la pérennité et le caractère au moins transatlantique de la Coupe du Monde. Enfin, en rendant hommage à Jules Rimet, les congressistes de 1946 rappelaient en quelque sorte le primat au moins apparent des élus sur l’appareil administratif des fédérations sportives.

Paui Dietschy

Université de Franche-Comté 

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