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Paolo Rossi

Paolo Rossi ou le football italien de l’ombre à la lumière

Paolo Rossi, tel Janus, le dieu de la mythologie romaine, représente les deux visages du football italien et au-delà même de la société transalpine du début des années 1980. Du côté sombre, la figure d’un joueur impliqué dans le scandale du Totonero, expression de la corruption mafieuse qui des milieux économiques et politiques a gagné les terrains de football. Du côté flamboyant, un attaquant de grande classe qui contribue très largement à la victoire de l’Italie lors de la Coupe du monde de 1982 en Espagne et qui est érigé en idole d’une nation à la fierté retrouvée.

Paolo Rossi fait ses premiers pas de footballeurs au Santa Lucia de Prato, un club de patronage, de la cité industrielle située à 20 km de Florence, où il naît le 23 septembre 1956. Sans quitter le puissant mouvement sportif catholique, qui se déploie au travers du réseau de paroisses et de leurs oratoires dans les années 1950-1960, il signe à douze ans au Cattolica Virtus. C’est lors de rencontres disputées avec ce club amateur de la banlieue de Florence, qu’il est repéré par la Juventus de Turin. Le manager général du club, Italo Allodi, voit dans cet attaquant de dix-sept ans aussi efficace que fluet (1,74 m pour 66 kg) un ailier d’avenir. Ses premières années au sein des équipes de jeunes de la Vieille Dame se révèlent difficiles en raison de nombreuses blessures qui conduisent du reste les dirigeants turinois à la prêter à Côme. C’est donc sous les couleurs du club lombard qu’il fait ses grands débuts professionnels en série B, le 9 novembre 1975, au cours d’un match face à Pérouse. Cette première saison n’est guère convaincante : en raison, de nouvelles blessures, ils ne disputent que six matchs.
À l’intersaison, tandis que la Juventus ne tient pas à le revoir figurer dans son effectif, il est cédé en copropriété à Vicenza, un autre modeste club de série B. Dans ce chef lieu de province de Vénétie, Paolo Rossi s’épanouit enfin pleinement au poste d’avant-centre. En marquant 21 buts au cours de la saison, il permet à son club de rejoindre la série A. Au plus haut niveau, il manifeste encore son talent de buteur et termine la saison 1977-1978 au premier rang des buteurs du championnat avec 24 réalisations. Ses qualités ne laissent pas indifférent Enzo Bearzot le sélectionneur de la Nazionale qui le convoque une première fois le 21 décembre 1977 pour disputer à Liège un match contre la Belgique.

À seulement 22 ans, Paolo Rossi est considéré comme une star qui occupe le devant de la scène médiatique. À la fin d’une saison qui voit se profiler la Coupe du monde en Argentine, les tractations entre la Juventus et Vicenza, dont le contrat de copropriété sur le joueur s’achève, tiennent en haleine toute l’Italie. Compte tenu du désaccord entre les deux clubs elles prennent une tournure particulièrement théâtrale avec le recours au jeu des « buste » qui veut que chaque président inscrive dans une enveloppe la somme qu’il est prêt à débourser pour obtenir le transfert définitif. À la stupéfaction générale, le président de Vicenza offre 2,65 milliards de lire contre 875 millions pour la Juventus. Ce montant exorbitant défraye la chronique et conduit le président de la fédération, Franco Carraro, à démissionner. Ce premier scandale ne perturbe cependant que peu le joueur qui s’envole pour l’Argentine afin de disputer la Coupe du monde dont il sera l’une des grandes révélations. Auteur de trois buts (le 1er contre la France à Mar del Plata), il participe au bon parcours de la Squadra azzurra qui s’incline face au Brésil lors de la petite finale.

De retour dans le championnat italien, ses quinze buts marqués au cours de la saison 1978-1979 n’empêchent pas son club de Vicenza de rétrograder en série B. Les grands clubs de la Péninsule se livrent à une surenchère pour s’attacher ses services. Finalement, c’est encore à la surprise générale et pour un nouveau montant record qu’il est transféré à Pérouse, deuxième du dernier championnat derrière le Milan AC. Paolo Rossi est alors le joueur le plus cher de l’histoire du football italien et jouit d’une immense popularité. Cette fulgurante ascension connaît toutefois en 1980 un violent coup d’arrêt lorsque, sur la base d’un témoignage d’un obscur marchand de légumes, Massimo Cruciani, s’estimant lésé, l’attaquant vedette est, comme une trentaine d’autres joueurs, impliqué dans une affaire de paris clandestins. La justice italienne s’intéresse en particulier à deux matchs : Lazio de Rome-Milan AC du 6 janvier 1980 et Avellino-Pérouse du 30 décembre 1979. À l’occasion de ce match, Paolo Rossi est accusé de s’être partagé avec trois coéquipiers la somme de 8 millions de lires pour arranger un match nul. Selon d’autres témoignages, l’attaquant aurait refusé l’argent contre la possibilité d’inscrire deux buts. Si Paolo Rossi inscrit effectivement deux buts au terme d’une rencontre achevée sur un score de parité, il n’a de cesse de clamer son innocence. La presse transalpine et internationale peine à l’accabler et insiste plutôt sur la faiblesse des soupçons au point parfois d’en faire une victime de la justice sportive. Il est vrai que tandis que le Milan AC est rétrogradé en série B, Paolo Rossi est l’un des joueurs plus lourdement condamné avec trois années de suspension. Le Corriere della Sera le considère désormais « hors-jeu ». Figurant parmi les joueurs présélectionnés pour disputer le Championnat d’Europe des nations organisés en Italie à la fin de la saison, Rossi menace de quitter le championnat italien et de porter plainte contre la fédération. Mais, sa condamnation par un tribunal civil pour « activités illicites liés aux paris clandestins du football » le prive de son passeport. Le joueur se plaint d’être « traité comme un délinquant ».

Ses dénégations obstinées n’ont que pour seul effet de réduire à deux années sa peine de suspension. À 24 ans, sa carrière apparaît bien compromise même si l’opinion publique, largement convaincue de son innocence, continue de le soutenir. Alors qu’il se trouve dans l’impossibilité de s’illustrer sur les terrains de jeu, Enzo Bearzot ne l’abandonne pas non plus. Quelques mois seulement après son retour à la compétition, le 15 avril 1982, sous les couleurs cette fois de la Juventus, Paolo Rossi est sélectionné en équipe nationale afin de participer à la Coupe du monde en Espagne. Le sélectionneur maintient sa confiance à celui qui a inscrit 73 buts en 122 matches entre 1975 et 1980 mais qui se montre peu convaincant en match de préparation. Au cours de cette compétition, Paolo Rossi va cependant démontrer son intelligence tactique, son sens du déplacement et son opportunisme devant le but. Avec six buts, il est le meilleur réalisateur du tournoi mais surtout il permet à l’Italie de remporter la Coupe. Ses trois buts contre le Brésil au deuxième tour (3-2), ses deux buts face à la Pologne en demi-finale (2-0) et son but ouvrant le score en finale face à la RFA (3-1) font de lui un joueur décisif. L’image du président Sandro Pertini debout dans les tribunes du stade Santiago Bernabeu tout à sa joie le jour de la finale est un symbole fort de l’émotion suscitée à travers toute la Péninsule. La joie de ce vieux président incarnation de la résistance offrait le symbole d’une cohésion nationale retrouvée après les douloureuses années de plomb. Dans ce contexte, la victoire de la Squadra azzurra suscite une explosion de joie et de fierté collectives sans précédent depuis la fin de guerre. Les quarante millions d’Italiens qui ont suivi la finale à la télévision descendent très nombreux dans les rues afin de manifester leur joie. « Pablito », surnom affectueux donné au cours de la compétition à Paolo Rossi, est célébré comme un héros national. L’attribution du ballon d’or France Football en cette année 1982 vient consacrer par ailleurs internationalement ses performances.

Si Paolo Rossi remporte la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions en 1985 dans des circonstances dramatiques au stade du Heysel, sa carrière qui s’achève en 1987 reste surtout marquée par ce passage de l’ombre à la lumière que constitue le scandale du Totonero et la victoire en Coupe du monde. En ce sens, Paolo Rossi apparaît comme une figure emblématique d’un football italien qui tout en bénéficiant d’une reconnaissance internationale, qui dépasse le statut de puissance du pays, épouse les vicissitudes d’un système sociopolitique national au fonctionnement parfois chaotique.

Stéphane Mourlane
Université de Provence

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