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23 juin 1982 : Italie-Cameroun Diaporama 23 juin 1982 : Italie-Cameroun

23 juin 1982 : Italie-Cameroun

Le match qui oppose, le 23 juin 1982 au stade Balaidos de Vigo, l’Italie et le Cameroun, à l’occasion du premier tour de la douzième édition de la Coupe du monde de football, présente à la fois un caractère inédit et un intérêt sportif de premier ordre.

L’originalité du match réside dans le fait que l’Italie n’a jusqu’alors, à l’exception d’un match en 1928 contre l’?gypte, jamais rencontré d’équipe africaine. Pour étonnant qu’elle puisse paraître, la situation n’en est pas moins aisément compréhensible. En effet, elle révèle la longue marginalisation du football africain sur une scène internationale dominée par les Européens et les Sud-Américains. Il s’agit là bien sûr de la traduction de réalités géopolitiques plus larges. Ce n’est que récemment que les pays africains, à la suite du mouvement de décolonisation des années 1960, ont obtenu un statut d’acteurs autonomes et indépendants sur la scène internationale. Cette rupture avec le régime colonial n’a cependant pas favorisé les rencontres entre anciennes métropoles et colonies dans le cadre de matchs amicaux. Il est vrai que du côté africain, le football est considéré comme un vecteur particulièrement puissant dans ce processus à la fois d’unification et d’affirmation nationales, parfois revanchardes. L’Italie, qui pourtant n’appartient pas aux grandes puissances coloniales, en dépit de ces velléités, à l’exception de sa mainmise sur L’Ethiopie et la Somalie, n’a pas davantage noué de relations footballistiques avec le continent africain. D’une manière générale, les fédérations européennes et sud-américaines font obstacle à une plus grande représentativité de l’Afrique lors du tournoi final de la Coupe du monde. L’Afrique ne dispose jusqu’en 1982 que d’un seul pays qualifié pour la phase finale de la Coupe du monde. De fait, les occasions de se rencontrer sont plus rares. À l’occasion du Mundial espagnol, la donne change puisque l’Afrique dispose de deux représentants : l’Algérie d’une part et le Cameroun, d’autre part, qui participent pour la première fois à la compétition.

Le Cameroun figure parmi les pays africains où le ballon rond tient une place importante dans la société. Dès l’époque coloniale, le football camerounais se construit entre tribalisme (dans la constitution des clubs) et nationalisme. Alors que le 1er octobre 1961 la République Fédérale du Cameroun naît de la réunification du Cameroun français et du Southern Cameroons britannique, la fédération camerounaise, fondée trois ans plus tôt en 1959, est affiliée à la FIFA à partir de 1962. L’affirmation internationale tarde cependant à venir, même sur le continent africain. Il faut cependant attendre 1970, pour que les Lions indomptables participent à la Coupe d’Afrique des nations. Entre 1974 et 1980, ils ne participent à aucune compétition internationale. L’arrivée de l’entraîneur français, l’ancien international Jean Vincent, qui succède aux trois techniciens yougoslaves successivement en poste entre 1973 et 1980, relance l’équipe nationale. Les joueurs ont acquis une expérience internationale, notamment les licenciés du Canon de Yaoundé, vainqueurs de la Coupe d’Afrique des clubs champions en 1978 et 1980 et de Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupe en 1979. Le Cameroun tire également des bénéfices des l’expatriation de quelques joueurs, notamment en France. Le capitaine Roger Milla évolue à Bastia après Valenciennes et Monaco.

En Espagne, le Cameroun doit affronter au premier tour, dans le groupe 1, outre l’Italie, le Pérou et la Pologne. Les deux rencontres s’achèvent sur le score de 0 à 0. En dépit de l’inefficacité de son attaque, l’équipe camerounaise impressionne les observateurs et le public par son jeu athlétique et collectif. Au sein de l’effectif, le gardien de but , Thomas N’Kono fait forte impression. À la veille du match contre l’Italie, les Lions indomptables demeurent en course pour la qualification. En effet, derrière les Polonais déjà qualifiés grâce à leur large victoire (5-1) face au Pérou, ils disputent la deuxième place à l’Italie qui, elle aussi n’est pas parvenue à s’imposer face aux deux autres équipes.

Les deux matchs nuls de la Nazionale ne constituent qu’une demi-surprise. Au cours de la préparation, les critiques n’ont cessé dans la presse concernant les choix du sélectionneur, Enzo Bearzot. Plus largement, depuis les années trente, l’Italie n’a remporté aucun titre majeur, à l’exception du championnat d’Europe des nations en 1968. En coupe du monde, les parcours sont erratiques. La défaite, en 1966, face à la Corée du Nord lors de la Coupe du monde en Angleterre, constitue l’acmé des désillusions dans la Péninsule et un véritable traumatisme sportif. Finaliste en 1970, après avoir disputé le « match du siècle » en demi-finale contre l’Allemagne, elle s’incline face au Brésil. Quatre ans plus tard, elle est éliminée au premier tour et termine à la quatrième place en 1978. Le football italien est en outre marqué par le scandale du Totonero qui implique son attaquant vedette, Paolo Rossi, dans une affaire de corruption.

On évoque alors une période de crise qui dépasse les seuls milieux du football et conduit à une véritable réflexion sur l’identité italienne. Comme l’indique Antonio Ghirelli (Storia del Calcio in Italia, 1990) la question essentielle porte alors sur la capacité de l’Italie, forte de sa croissance économique et des mutations de sa société, de jouer avec les mêmes armes que les autres nations européennes développées et de délaisser son fameux cadenas défensif (catenaccio), symbole de la fourberie supposée traditionnelle des Italiens. Au début des années 1980, la violence terroriste des années de plomb, qui pèse sur l’ensemble de la société italienne, tend à s’estomper. La Coupe du monde de football est attendue comme une véritable catharsis.

Le match contre le Cameroun est donc capital. L’Italie dispose d’un léger avantage dans la course à la qualification grâce à son but inscrit face au Pérou (1-1). Elle ne doit donc pas perdre. La rencontre ne déçoit pas les 20 000 spectateurs : les Italiens multiplient les attaques, mais se heurtent au gardien des Lions indomptables. Il faut attendre la 60e minute pour qu’à la suite d’un centre de Paolo Rossi, Francesco Graziani, l’attaquant de la Fiorentina, ouvre le score. Une minute plus tard, les Camerounais répliquent par, le milieu de terrain du Canon de Yaoundé, en passe d’être transféré à Bastia, Grégoire M’Bida. Les joueurs africains doivent faire le jeu pour l’emporter, mais leur entraîneur français reste fidèle à un système de jeu prudent qui ne les empêche de renverser la vapeur. Cette tactique frileuse, inspirée par la crainte de subir les mêmes déconvenues que les footballeurs zaïrois huit ans plus tôt, sera stigmatisée à l’issue du match.

Le match ouvre néanmoins des perspectives pour les deux équipes : à moyen terme pour le Cameroun, à plus court terme pour l’Italie.

Le Cameroun ne passe certes pas le premier tour, mais l’équipe a toutefois démontré des qualités qui lui permettront de remporter deux ans plus tard la Coupe d’Afrique des nations en Côte d’Ivoire. Non qualifiés pour la Coupe du monde 1986, les Lions indomptables s’illustrent quatre ans plus tard en Italie où ils n’échouent qu’en quart de finale, après-prolongations, face à l’Angleterre. Et après avoir battu 1-0 l’Argentine tenant du titre en match d’ouverture. Ils contribuent ainsi à crédibiliser le football du continent africain au plus haut niveau international.

Quant à l’Italie, cette qualification, sans aucune victoire et sans gloire, ne pèse pas sur la suite de la compétition puisque la Nazionale parvient en finale grâce notamment à Paolo Rossi, étincelant lors des matchs à éliminations directes et symbole de la résurrection italienne. Dans la mémoire collective, la victoire de la squadra en finale face à l’Allemagne de l’Ouest (3-1) reste associée à l’image du président de la République, Sandro Pertini, debout dans les tribunes du stade Santio Bernabeu de Madrid tout à sa joie comme un simple tifoso. Face à la liesse sucitée par cette victoire, nombreux sont les journalistes à évoquer un « deuxième Risorgimento » susceptible de parachever l’unité nationale.

Stéphane Mourlane

Université de Provence (Aix-Marseille 1)
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