Finale de la Coupe de France 1988
Le FC Sochaux ne remporte aucun titre au cours de la saison 1987-1988. Celle-ci reste néanmoins dans la mémoire des supporters sochaliens comme l’une des meilleures du club depuis l’après-guerre.
Reléguée en seconde division au terme de la saison précédente, l’équipe de la firme Peugeot se doit de regagner rapidement une place parmi l’élite afin de reconquérir un public qui déserte le stade Bonal. Il en va du prestige du groupe automobile qui ambitionne à l’époque de se placer au premier rang des constructeurs européens, tout en se forgeant une image sportive grâce notamment à ses victoires au championnat du monde des rallyes en 1985 et 1986 et au Paris-Dakar en 1987 et 1988.
Pour parvenir à ses fins, le club recrute à l’intersaison deux joueurs yougoslaves de niveau international: Faruk Hadzibegic et Mehmet Bazdarevic. Ils sont chargés d’encadrer un groupe assez jeune dont les principaux éléments, Frank Sylvestre, Stéphane Paille et Frank Sauzée, forment l’ossature de l’équipe de France espoirs qui, en mai 1988, gagne le championnat d’Europe à Besançon. Grâce à cet effectif, les victoires s’enchaînent et la remontée semble quasiment acquise dès la trêve de décembre, l’Olympique Lyonnais, second du groupe, restant à 9 points au classement (la victoire ne vaut alors que 2 points). La presse ne tarit plus d’éloges envers les «lions» auxquels elle prête bientôt «le meilleur football de France».
Dès lors, la Coupe de France devient progressivement une priorité pour les Sochaliens car elle représente un moyen de se mesurer sans attendre aux meilleurs clubs français et d’émerger ainsi du relatif anonymat de la D2. Dès les seizièmes de finale, le tirage au sort leur donne l’occasion de s’illustrer puisqu’ils rencontrent successivement le PSG (battu 3-1 au Parc des Princes), Montpellier (2-2 puis 1-0), Lens (2-2 puis 1-0) et enfin Nice (1-2 puis 2-0). Ces rencontres de Coupe se jouent presque toutes à guichet fermé au Stade Bonal malgré la leur retransmission télévisée. Cette ferveur populaire retrouvée est une aubaine pour Peugeot dont les principaux dirigeants sont présents au Parc des Princes. L’entreprise a aussi fait l’acquisition de 2100 places pour convier certains clients importants à l’événement. C’est également une aubaine pour les dirigeants du FC Sochaux qui, à l’occasion du soixantième anniversaire du club, tentent de faire le rapprochement entre le parcours des jeunes sochaliens et celui de leurs illustres prédécesseurs de 1937.
Malheureusement pour eux, comme en 1959 et en 1967, leur équipe échoue en finale de l’épreuve. Après ses victoires de prestige contre des équipes de première division, Sochaux est pourtant considéré, au mépris de toute hiérarchie sportive, comme le favori de la finale face au FC Metz qui n’a rencontré que des équipes plus faibles depuis le début de la compétition. De plus, quelques jours auparavant, le club fait l’impasse sur la rencontre pour le titre de seconde division face au RC Strasbourg en y alignant une équipe réserve. Mais, le 11 juin 1988, jour de la finale, Sochaux et Metz ne peuvent se départager: 1-1 à l’issue du temps réglementaire. La séance de tirs au but tourne finalement en faveur des messins et la photo de Mickaël Madar effondré après son penalty raté fait le tour des journaux français.
Pourtant, malgré ce dénouement, le parcours du club en Coupe de France a progressivement pris une signification particulière au regard du contexte difficile du football franc-comtois de la fin des années 1980. En effet, après le dépôt de bilan du Racing Club Franc-Comtois en 1986 et la relégation du FC Sochaux l’année suivante, l’accession en finale a rassuré un public qui en était venu à douter de la viabilité du football professionnel sur le sol régional. Un journaliste de L’Est Républicain résume ainsi ce qu’on appelle désormais l’épopée sochalienne: «Sochaux qui domine outrageusement son championnat, Sochaux qui marque et qui bat des records, Sochaux qui joue comme un grand dans la cour des grands, Sochaux qui donne à l’équipe de France espoirs trois de ses meilleurs éléments […] et Sochaux qui va au Parc des Princes. [C’est] un événement hors du commun dans toute la Franche-Comté. Car c’est bien toute une région qui s’est mobilisée. […] Oui, on peut le dire, les Sochaliens ont réveillé toute une région sportive.»
Antoine Mourat
Université de Franche-Comté