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Football de tranch?es

Britanniques et Allemands ont-ils joué au football pendant la trêve de Noël 1914 ?



Le film de Christian Carion, Joyeux Noël, sorti récemment dans les salles de cinéma européennes revient sur un événement du début de la Première guerre mondiale, se situant entre mythe et réalité : les trêves observées par des soldats, surtout britanniques et allemands, le 25 décembre 1914. Un dessin animé anglais d’excellente facture réalisé en 2002 par Dave Unwin, War Game (La guerre n’est pas leur jeu en français) [voir diaporama] d’après le roman de Michael Foreman (War Game publié en 1989) et rediffusé par France 3 le 11 novembre 2005, avait déjà popularisé le thème en plaçant au cœur de la Christmas truce, la trêve de Noël, un match de football disputé par de jeunes soldats anglais et allemands dans le no man’s land séparant les tranchées ennemies, au nord de la France.


L’épisode n’est pas le fruit de l’imagination prolifique de romanciers et cinéastes ; il est rapporté par la presse britannique dès le mois de janvier 1915 : selon l’historien américain Stanley Weintraub, l’Evening News, le Daily Telegraph et le Glasgow News publièrent alors des lettres de soldats et officiers faisant état de fraternisation entre ennemis sortant des tranchées le jour de Noël 1914 pour partager tabac et alcool et, pour certains, disputer des rencontres de football improvisées.


L’image du sport parenthèse de l’affrontement meurtrier est belle et touchante, même si, au contraire de scènes classiques de fraternisation photographiées et reproduites par la presse britannique [voir diaporama], elle n’a été immortalisée par aucun des photographes amateurs présents sur le front ce jour là. Tout du moins, si une telle photo a été prise, elle n’est jamais arrivée entre les mains d’un historien. Toutefois, ce manque de preuve par l’image, n’est pas l’obstacle essentiel pour répondre à la question suivante : a-t-on joué au football pendant la trêve de Noël 1914 ?
En effet, dans un récent article, deux chercheurs britanniques, Iain Adams et Trevor Petney remarquent que la plupart des témoignages mobilisés pour certifier la vérité des faits sont de seconde main. Il s’agit souvent de simples spectateurs d’un match ou encore de personnes ayant entendu dire que… Du côté allemand, le récit du lieutenant Johannes Niemann recueilli dans les années 60 par la BBC et mettant en scène des joueurs écossais et saxons jouant sur un terrain gelé, où les buts étaient marqués au sol par les casquettes des soldats, est souvent mis en exergue (ce que fait Weintraub) pour attester de la réalité d’un tel match. Or, selon Adams et Petney le document écrit qui pourrait venir confirmer les dires de Niemann serait le journal de guerre de son régiment, le 133e Régiment Royal Saxon, dont l’auteur n’aurait été autre que… le même Niemann. Par ailleurs, il est étonnant que les matches mettent essentiellement en scène, du côté allemand, des Saxons. Selon Thomas Löwer, dans la propagande britannique, les soldats des troupes saxonnes, bavaroises ou wurtembourgeoises sont assimilés aux « bons allemands » qui ne seraient pas atteints par la fièvre belliciste des Prussiens : en faire des protagonistes d’une trêve de Noël, c’est rendre l’histoire des fraternisations plus vraisemblable.


Au-delà des multiples questions pouvant susciter la circonspection de l’historien, on peut considérer que c’est davantage le caractère des parties de football qu’il faut redimensionner. Il s’est sans doute plus agi de jeu informel que de matches à part entière. L’espace de jeu fut tout d’abord un terrain de fortune sur lequel on pouvait encore en partie évoluer avec un ballon : le no man’s land qui, s’il était déjà encombré de fils de fer barbelés et de munitions ayant ou non explosé ou encore ponctué de trous d’obus, n’avait pas encore le caractère chaotique qu’il présenta quelques mois plus tard. Le 25 décembre 1914, en effet, la guerre de tranchée n’avait commencé que depuis quelques semaines, surtout en Artois et en Flandre où stationnaient les troupes britanniques après la « course à la mer » consécutive à la bataille de la Marne. Les tranchées n’étaient pas encore très profondes et organisées rationnellement, même du côté allemand où les soldats avaient pourtant appris au cours de leur instruction à manier la pelle et la pioche [voir diaporama]. Par ailleurs, les loisirs des soldats ne faisaient pas encore l’objet d’une quelconque organisation, même si, le jour de Noël, les « tommies » reçurent du roi George V un colis contenant chocolat et tabac. Toutefois, les troupes britanniques étant réputées, pour reprendre les termes du général Jack, ne jamais voyager « sans emporter avec elle des ballons de football ou sans l’énergie de shooter dedans », il est probable qu’un certain nombre de sphères de cuir était disponible, à condition que l’ennemi, adversaire sportif, sache s’en servir. En effet, si du côté britannique le football était devenu le « people’s game », le jeu du peuple par excellence et qu’il faisait partie des divertissements les plus prisés des hommes et jeunes gens issus des classes populaires, il en allait en partie autrement du côté allemand.
Certes, en 1914, et la guerre allait confirmer ce statut, le Fussball était enfin reconnu comme une activité « germanique » après la longue résistance des tenants du Turnen, le mouvement de gymnastique hérité de la période d’unification.

Mais si le caractère martial du football, le bon footballeur conscient de son devoir et de son rôle dans la disposition tactique de l’équipe, étant assimilé au bon soldat, prêt à se sacrifier et accomplissant sa tâche au sein d’une compagnie, était devenu, selon Christiane Eisenberg, un cliché servant à légitimer cette pratique d’importation, le football était encore, pour partie, un jeu bourgeois inégalement pratiqué tant sur le plan social que géographique. Au contraire des Britanniques, beaucoup de soldats allemands n’avaient pas encore une grande dextérité balle au pied, habileté qu’ils pourront développer au repos pendant les quatre années de guerre. On peut donc supposer, pour reprendre Adams et Petney, que les parties de football, lorsqu’elles eurent lieu, ressemblèrent davantage aux jeux des cours d’école qu’au football déjà élaboré des adeptes de la Football Association. De fait, plus qu’une célébration dans les règles du nouvel « opium du peuple », shooter dans la balle fut, pour les plus jeunes, une autre manière de célébrer le court moment de paix offert par ce jour de Noël 1914, par la pratique d’une activité qui rappelait, par excellence, la quiétude des loisirs de l’avant-guerre.

Paul Dietschy
Université de Franche-Comté


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