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Italie-Allemagne

Italie-Allemagne

« Riverarretee ! Rivera ancora, quattro a tre ! » exulte Nando Martellini. « Quel match merveilleux, téléspectateurs italiens ! ». Il est deux heures passées, en cette nuit du 17 au 18 juin 1970, l’Italie vient de prendre un avantage définitif dans les prolongations de la demi-finale de la Coupe du monde qui l’oppose à l’Allemagne (de l’Ouest). D’ici dix minutes les quelque vingt millions de tifosi collés à leur téléviseur laisseront éclater leur joie dans toutes les rues, sur toutes les places de la Péninsule et commencera la « nuit mexicaine », un délire collectif jamais vu et sans précédent. C’est qu’il ont assisté, à partir de minuit et en direct par satellite, à ce qu’un jury de cinquante champions a depuis élu le « match du siècle », commémoré par une plaque apposée en 1997 à l’entrée du Stade Aztèque de Mexico. Aucun Italien n’a oublié où il était ni ce qu’il fit cette nuit-là, à l’instar des protagonistes du film Italia-Germania 4-3 (Andrea Barzini, 1990), qui, vingt ans après, se retrouvent pour revoir le match et méditent sur les espoirs de leur jeunesse enfuie.


Mais il est peut-être nécessaire de rappeler ce que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître : le but de Boninsegna en première mi-temps, l’égalisation du plus italien des joueurs allemands, le défenseur du Milan AC Karl-Heinz Schnellinger dans les arrêts de jeu (déjà !), suivis des multiples rebondissements des tempi supplementari : 2-1 pour la Nationalmannschaft, 3-2 pour la squadra azzura, avant l’extase de la 110ème minute – égalisation de Gerhard Müller et but du ballon d’or 1968 dans la foulée.


L’enthousiasme ne resta pas longtemps confiné dans l’intimité des foyers : qui aux fenêtres, qui dans sa voiture, qui dans les fontaines ou sur les statues. Selon la Gazzetta dello sport, tous « semblaient ivres, mais ils étaient ivres de joie ». Fiers de la performance de la petite Italie, toute fraîche de miracle économique, contre la grande Allemagne, battue sur son terrain, celui de l’indomptabilité et du réalisme. Comme le déclara le milieu de terrain Domenghini : « Les Allemands c’étaient nous ». Fiers aussi, tout simplement, d’être italiens comme en témoignait la profusion de drapeaux tricolores, ce que nota Il Tempo, le quotidien proche de la droite romaine : « Honneur aux hommes qui au Mexique nous ont fait vivre une longue nuit d’exaltation et d’unité nationale ». Ce qui ne manqua pas de froisser quelques esprits chagrins, tel Indro Montanelli qui se souvint d’avoir déjà vu de ses yeux d’enfant « ces voyous torse nu mettant les villes sens dessus dessous, les remplissant de leurs hurlements assourdissants, renversant les voitures et brisant les vitrines : c’étaient les squadristi de 1919 et de 1920, les mêmes expressions, les mêmes types » (Domenica del Corriere, 5 juillet 1970). Ou encore Ennio Flaiano à qui « la folie des drapeaux, des cercueils, des autodafés de mannequins, des slogans dans lesquels Pelé rimait avec bidet et le Brésil [futur adversaire en finale] devait être sodomisé par nos bleus » rappela « non pas l’enthousiasme du 25 juillet 1943 ou celui du 5 juin 1944 (comme on l’a beaucoup dit), lorsque Rome fut libérée d’abord du fascisme puis du nazisme, mais plutôt la longue bringue d’une nuit de juin 1935, quand fut proclamé l’Empire, et qui revenait sur les collines fatales de Rome » (L’Espresso, 28 juin 1970).

Mais en réalité ce moment d’effervescence transcenda les antagonismes politiques. Ainsi Alberto Jacoviello, l’éditorialiste politique de L’Unità, fut marqué par deux choses : « la participation énorme (…) et la communication qui s’est établie entre ceux qui se sont déversés dans les rues. (…) À certains moments, j’ai cru revoir certains aspects de Paris en mai 68, à savoir le même bonheur de se parler en dehors de toute convention, d’être libre en dehors de toute contrainte » (L’Unità, 23 juin 1970).
Dans son livre La partita del secolo. Storia di Italia-Germania 4-3 (Rizzoli, 2001), Nando Dalla Chiesa, le fils du général assassiné par la mafia à Palerme en 1982, évoque ses camarades étudiants engagés dans les luttes sociales du temps et leur participation à l’unanimité nationale : Ciri par exemple était allé « à l’Autobar, dans une rue derrière la Bocconi (…) C’était plus par curiosité, parce que les nuits d’alors je les passais à étudier, c’était une période d’examens. Mais là-dedans, étrangement, nous fûmes tous progressivement capturés, je ne sais pas bien pourquoi, par les téléviseurs et les hurlements qui venaient des maisons. Je me souviens également très bien de l’agitation de Carla, qui comprenait encore moins que moi le football. En peu de temps, nous nous sommes retrouvés à faire partie d’un public, celui des tifosi, dont nous n’avions jamais fait partie et même que nous avions toujours considéré avec un peu de méfiance ou de supériorité, je ne saurais pas dire ».
 
Selon Nando Dalla Chiesa, c’est le jeu d’attaque pratiqué par la squadra lors des prolongations qui provoqua cette identification : pour sa génération, élevée dans le culte du catenaccio, l’Italie « avait alors fait sa révolution, elle était devenue autre ». Une fois abandonnée la défense à outrance, symbole d’une « Démocratie chrétienne attentiste, hypocrite et roublarde », on ne pouvait plus pardonner à l’encadrement la tactique adoptée pour la finale contre le Brésil quatre jours plus tard, au cours de laquelle Rivera n’entra en jeu qu’à six minutes de la fin. Dans son autobiographie Ricordi di fonderia (Marsilio, 1997), Walter Mandelli, le responsable fédéral de l’équipe, se souvient ainsi des incidents au retour à Rome : « Sur l’avion qui nous ramenait en Italie on nous dit qu’à Fiumicino il y avait une foule énorme, qui continuait à grossir et à se faire menaçante, au point qu’on pensa même faire atterrir l’avion ailleurs. Puis on abandonna l’idée mais on arrêta l’avion en bout de piste. Les bus nous attendaient : on s’y engouffra à toute vitesse juste le temps de voir la piste envahie par les gens qui hurlaient et voulaient « nous attraper ». Je vis un mannequin qui brûlait, dessus il y avait écrit « Vive Rivera, Mandelli en prison » (« Viva Rivera, Mandelli in galera »). Ma fille reçut un coup de poing en pleine figure. Ensuite, autour de l’hôtel, on brûla une autre de mes effigies. Je n’avais jamais vu tant de rancune, tant de haine, et tout ça parce que, après tant d’années, pour une fois nous avions fait une bonne impression ! » Mais il se demande aussitôt si cette colère ne s’explique pas par la présence, pour lui insolite, « de manifestants exhibant des insignes maoïstes », parmi les plus déchaînés. Une hargne suscitée selon Dalla Chiesa par ce 4-3 où « fusionnèrent jeunesse, amitiés, (…) nouvelles espérances et la première, merveilleuse constatation que, dans la vie, si l’on est courageux, on peut même gagner ».


Fabien Archambault
?cole française de Rome



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